Le robot psychologue

Dans la foulée du passage d’Alexandre Taillefer à Tout le monde en parle, l’urgence de répondre aux criants besoins en santé mentale revient sur la sellette au Québec. Pendant ce temps, aux États-Unis, une vedette du football s’associe à des entreprises technologiques afin d’améliorer l’accessibilité des soins en la matière grâce à l’intelligence artificielle.

L’entrevue avec Alexandre Taillefer à Tout le monde en parle a peut-être provoqué un scandale médiatique qui a mené à beaucoup de débats qui n’avaient rien à voir avec le sujet de l’entretien, mais au-delà, elle a permis de ramener à l’avant-plan l’importance de la santé mentale dans une société qui semble vouloir évacuer ce volet majeur de la santé générale.

La maladie mentale relève encore du tabou, a fait remarquer l’homme d’affaires. C’est d’autant plus vrai dans une société de performance où la moindre faiblesse fait figure d’échec. Sans parler de l’idée de la folie – ce terme péjoratif qui stigmatise la maladie mentale – qui effraie et fait fuir les proches.

Des vedettes et des techs

Lorsque des figures médiatiques viennent parler publiquement de la douleur qu’elles ressentent alors qu’elles-mêmes ou leurs proches souffrent de maladie mentale, cela contribue bien sûr à changer les perceptions.

Parmi celles-là, le receveur de passes des Jets de New York Brandon Marshall a décidé d’aller plus loin encore et de chercher des solutions d’aide.

Celui qui a reçu un diagnostic de personnalité limite en 2011, après avoir été brièvement traité à l’externe dans une clinique psychiatrique, a cofondé avec son épouse Project 375. En gros, l’organisme opère comme un outil de sensibilisation assez conservateur, mais cela s’apprête à changer, puisque Marshall souhaite exploiter la possibilité de joindre ses forces à celles d’entreprises technologiques qui œuvrent déjà dans le milieu de la psychologie. Principalement à l’aide de l’intelligence artificielle.

Limité mais utile

Comme le notait un chercheur dans un récent article publié ici, la psychologie clinique n’est pas encore à l’heure de l’ubérisation.

Reste que l’intelligence artificielle est déjà entrée de plain-pied dans cet univers. Et si les services ne sont pas personnalisés, ils sont d’une efficacité redoutable et permettent à une grande quantité de personnes souffrantes d’avoir accès à une écoute et à des conseils de base.

Parmi les compagnies approchées par le joueur de football professionnel, X2AI propose déjà un robot, prénommé Tess, qui serait capable de soutien psychologique important.

Le système est vraiment impressionnant : pas besoin d’app, suffit d’écrire à Tess par SMS, Facebook Messenger ou un simple navigateur Internet. Tess entretient la conversation avec les utilisateurs.

Essayer

Sans affirmer que son service est aussi fiable et efficace qu’une rencontre humaine, X2AI insiste sur l’idée que Tess est un système accessible en tout temps, gratuit, simple d’utilisation, et qui améliore l’accessibilité aux soins de santé. Bien qu’il soit sans doute dénué du jugement d’un véritable professionnel, et moins outillé, Tess peut répondre à des milliers de personne chaque jour. Des individus qui vont mal et qui, autrement, ne recevraient probablement aucune aide.

Peut-être cela peut-il provoquer des dérapages. C’est à prévoir.

Mais une question se pose tout de même : à une ère où les services de santé physique pèsent déjà sur les finances publiques et même individuelles, les technologies pourraient-elles répondre au moins en partie aux besoins croissants de gens en détresse que personne ne semble en mesure d’aider, faute de soins accessibles?

La réponse de Brandon Marshall ressemble à quelque chose comme : ça vaut la peine d’essayer.

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