Alcool, drogues et troisième âge

S’il est souvent question des abus de médicaments dans l’actualité, on parle plus rarement des problèmes de consommation de drogues et d’alcool chez les personnes âgées. Et pour cause : selon les chercheurs, le problème, bien réel, est largement ignoré. Mais pourquoi?

Le principal problème avec les effets de la consommation excessive de drogues ou d’alcool, c’est que les symptômes deviennent plus difficiles à détecter avec l’âge.

«Ils imitent parfois les symptômes d’autres maladies et troubles, comme les démences, les troubles anxieux ou la dépression», souligne une étude parue dans la revue scientifique Drogues, santé et société.

Comme proche d’une personne âgée, il est donc souvent difficile, voire impossible de deviner que des ennuis de mémoire, des pertes d’équilibre ou une humeur maussade sont le fruit d’un excès de psychotropes – à moins de la côtoyer de très près.

Les raisons

Ainsi, entre 6 et 10 % des personnes âgées (65 ans et plus) souffriraient de problèmes d’alcool ou de drogues, sans que cela se sache le plus souvent.

À la source de ce problème, on pointe comme responsables la solitude et l’isolement. Les aînés qui se retrouvent dans cette situation chercheront parfois à se divertir ou à s’engourdir à l’aide d’alcool ou de drogues. Ce qui passe souvent inaperçu, comme nous le disions, et explique en partie que les différents groupes de prévention et de traitement des dépendances servent rarement cette clientèle.

Les boomers font le poids

Les choses tendent à changer, toutefois, avec l’arrivée des baby-boomers dans cette tranche d’âge, comme le constatait Denise Dubreuil, intervenante en alcoolisme et toxicomanie, lors du congrès des intervenants en toxicomanie qui se déroulait la semaine dernière à Trois-Rivières. Plus nombreux, éduqués, moins accablés par une culture du silence, ils risquent de peser dans la balance et mettre le sujet à la une.

De même, les études se multiplient et permettent de mieux éclairer les conditions qui mènent aux abus et aux problèmes.

Par exemple, 20 % des personnes âgées souffrent ou ont souffert de troubles anxieux. Parmi les manières de soigner ceux-ci, l’usage des benzodiazépines est largement répandu. Mais si on en abuse, on qu’on les mélange à l’alcool, ils comportent des risques de confusion croissante, de pertes d’équilibre, voire de chutes.

Plusieurs personnes âgées peuvent avoir développé une dépendance aux opiacés. Il s’agit d’un problème qui touche toutes les classes sociales et qui n’est pas négligeable. Les individus passablement astucieux savent comment renouveler des ordonnances pour ces médicaments ou se les procurer sur le marché noir.

On sait aussi qu’une consommation d’alcool autrefois modérée peut devenir plus problématique avec l’âge, parce que le corps métabolise moins bien l’alcool, ce qui peut en augmenter l’effet. De même, si on a déjà certains problèmes cognitifs, la consommation de drogues ou d’alcool peut aggraver la confusion dont on souffre naturellement.

Quant au cannabis, récemment arrivé sur le marché légal au Canada, il peut aussi comporter plusieurs risques de dérapages en raison de mélanges avec des médicaments, de l’alcool, ou parce qu’on en abuse à des fins récréatives ou thérapeutiques.

Reconnaître les signes

Plusieurs indices peuvent porter à croire qu’une personne abuse d’alcool ou de drogues :

  • Irritabilité
  • Pertes d’équilibre, chutes
  • Troubles de la parole
  • Hygiène négligée
  • Perte d’appétit
  • Pertes de mémoire
  • Isolement
  • Présence de bouteilles, d’accessoires liés à la consommation

 

En parler pour commencer

Même en sachant tout cela, à moins d’accompagner au quotidien cette personne, il est difficile de savoir quelle est la raison de son état. Son irritabilité est-elle liée à la démence ou à l’alcool? Un trouble moteur est-il le signe d’un abus d’anxiolytiques, ou d’un mélange avec d’autres drogues et médicaments?

Dans le doute, il faut aborder la question. Mais attention à la manière. Ne parlez pas de problème, mais bien de consommation. Encouragez la personne à simplement discuter avec vous de ses habitudes, sans parler d’alcoolisme ou de dépendance. Invitez-la à vous confier ses problèmes, et tentez de rehausser son estime d’elle-même.

En poursuivant dans cette voie, vous serez plus à même de briser le cycle d’isolement et de silence qui l’a poussée vers la dépendance. Et si cette personne réclame de l’aide, celle-ci existe, et elle est abondante. N’hésitez pas à chercher en ligne pour trouver la ressource appropriée.

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