Allergies saisonnières

Pour ceux qui en souffrent, les allergies saisonnières sont une véritable plaie. Mais parmi les personnes touchées, certaines ignorent l’origine de leur problème de santé, le confondant avec un rhume, par exemple.

Pharmacien aux Éboulements, dans Charlevoix, David Villeneuve répond à une série de questions qui peuvent éclairer ceux qui mouchent, dont les yeux coulent, et qui voudraient savoir comment se soigner.

D’abord : une rhinite, des allergies saisonnières, le rhume des foins, la pollinose, est-ce une seule et même chose?

C’est de la sémantique. Une rhinite réfère à l’inflammation des muqueuses nasales. Les allergies saisonnières, elles, renvoient à tout ce qui provoque des symptômes qui vont de la rhinite à l’asthme, causés par des pollens, mais aussi d’autres types d’allergènes saisonniers, ou cycliques, comme des spores de champignons ou de végétaux. Le rhume des foins, c’est un terme commun qui fait référence à la rhinite, et la pollinose, c’est un terme médical pour parler d’allergies au pollen.

À quel moment les allergies saisonnières se produisent-elles?

En mars, avril et juin pour le pollen d’arbres. De mai à août pour les graminées et le gazon. D’août à octobre pour l’herbe à poux.

En quoi les symptômes d’allergies saisonnières sont-ils différents de ceux d’un rhume?

Pour les allergies, on souffre de congestion nasale, d’éternuements, de rhinorrhée claire (écoulement nasal), avec ou sans conjonctivite allergique (yeux rouges larmoyants qui démangent). Ça peut être saisonnier, mais aussi permanent, par exemple en cas d’allergie aux acariens.

Lorsqu’on souffre du rhume, ça ressemble à des allergies sur le plan nasal, mais le contexte est différent. C’est-à-dire que ça s’accompagne généralement de maux de gorge, de céphalées (maux de tête), de douleur aux sinus, d’écoulement de sécrétions purulentes, souvent colorées, de fièvre et de courbatures.

Si on a des symptômes qui s’apparentent à ceux des allergies saisonnières, comment fait-on pour savoir que c’est bien le pollen qui nous affecte?

La seule manière d’être certain, c’est de passer un test d’allergies cutané et d’éliminer toutes les autres causes de rhinite : infectieuses (rhume), vasomotrices (fumée, variations de température), hormonales (pendant la grossesse) ou médicamenteuses (dues à l’utilisation chronique de décongestionnants comme Otrivin ou Dristan).

Certaines personnes ont-elles plus de risques d’être affectées?

Les résultats d’une étude menée par l’Institut national de santé publique du Québec montrent qu’en 2008, au Québec, environ 17 % de la population de 15 ans et plus a eu des symptômes de rhinite allergique (symptômes au nez et aux yeux) au cours des 12 mois précédant l’enquête. La prévalence des symptômes de la rhinite allergique fut significativement plus élevée chez les femmes (19 %) que chez les hommes (15 %).

Y a-t-il des risques de complications aux allergies?

Bien que normalement bénignes, les allergies peuvent néanmoins diminuer la qualité du sommeil, de la vie au quotidien et amener des difficultés de concentration au travail ou à l’école. Mais ce qui peut être le plus problématique selon moi, quoique rare et nécessairement associé à d’autres maladies, c’est une décompensation respiratoire ou une crise d’asthme.

Par quels moyens préventifs, outre la médication, peut-on réduire l’effet des allergènes?

En fait, le meilleur moyen non pharmacologique reste encore l’évitement. Lorsqu’on connaît notre allergène et qu’on sait que la saison bat son plein, il faut tenter, du mieux que l’on peut, d’éviter de s’exposer au déclencheur. Si possible, on n’ira pas à l’extérieur le matin et lors de temps sec et venteux, car ces conditions favorisent un taux élevé d’allergènes. C’est bien de garder les portes et fenêtres fermées pour éviter l’introduction de l’allergène dans la maison ou dans l’auto. Mieux vaut aussi éviter de faire sécher les vêtements dehors et changer de vêtements si on est resté longtemps dehors.

Quels sont les types de traitements médicamenteux, et quelle différence y a-t-il entre chacun d’entre eux?

Le premier choix demeure les antihistaminiques. Idéalement ceux de deuxième génération, qui causent peu ou pas de somnolence (Claritin, Aerius, Reactine, Allegra et leur formulation générique ou marque maison beaucoup plus abordables). Les antihistaminiques de première génération (Benadryl, Chlor-Tripolon) sont plus puissants, mais causent de la somnolence. De plus, contrairement à ceux de deuxième génération, qui se prennent une fois par jour, il faut les prendre toutes les quatre heures. On réserve ceux de première génération aux cas les plus intenses.

Occasionnellement, le temps que l’antihistaminique fasse effet, on peut l’associer à un décongestionnant nasal, lors de congestion plus sévère; par exemple du Sudafed ou des formulations combinant antihistaminique et décongestionnant dans le même comprimé.

Si la voie orale est inefficace ou insuffisante et que les symptômes persistent, on utilisera des corticostéroïdes intranasaux (ex. : Nasonex, Flonase, Avamys et autres formulations et leurs génériques). Il s’agit de produits sous prescription, mais qui peuvent, depuis la mise en application de la loi 41, le 21 juin dernier, être prescrits par un pharmacien lorsqu’un diagnostic de rhinite allergique est connu et qu’un tel traitement a déjà été tenté dans le passé.

Si les symptômes persistent toujours, on peut même se rendre à des traitements de corticostéroïdes systémiques. Et si, malgré tout cela, les symptômes demeurent trop incommodants, la désensibilisation (aussi appelée immunothérapie) devient l’ultime solution.

L’efficacité entre les produits d’une même classe (ex. : Claritin vs Reactine ou Nasonex vs Flonase) est en général comparable. D’un individu à l’autre, certains produits peuvent mieux réagir qu’un autre, mais c’est du cas par cas.

Parmi les traitements dits naturels, y en a-t-il qui vous semblent plus efficaces que d’autres?

Désolé, je ne suis pas une sommité en produits naturels. À ma connaissance, il y a rien d’officiellement reconnu pour le traitement de la rhinite allergique. Même après une petite recherche, il ne semble rien y avoir de vraiment extraordinaire. Sûrement en homéopathie, mais désolé, je ne suis pas croyant!

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