Alzheimer : vers une cure miraculeuse?

L’étude d’une communauté sud-américaine où presque toute la population souffre de la maladie d’Alzheimer aurait permis d’identifier un gène capable de ralentir le développement de la maladie. Mais il ne faut pas crier trop vite à la cure miracle.

Dans la petite ville de Yarumal, en Colombie, la moitié de la population reçoit un diagnostic positif pour la maladie d’Alzheimer avant 45 ans. Et presque tous les autres habitants finissent par en souffrir au cours des 20 années suivantes.

Aussi, la récente recherche des scientifiques américains qui ont étudié la maladie dans cette communauté a connu des résultats étonnants. En retraçant le porteur originel – un ancêtre commun ayant vécu il y a 500 ans – et en analysant un échantillon inespéré de malades de souche semblable, les chercheurs ont fait des découvertes fascinantes, isolant les gènes qui accélèrent le développement de la maladie (comme c’est le cas dans ce village où les habitants en souffrent dès un très jeune âge), et d’autres qui le ralentissent.

Dans les médias, le ton enthousiaste des journalistes concernant cette recherche a même parfois laissé entendre qu’on aurait ainsi pavé la voie au développement d’un médicament qui ralentirait considérablement la progression de la maladie.

Est-ce bien le cas?

Le Dr Fadi Massoud est plus prudent que la presse. «Même si l’occasion est exceptionnelle, dans la mesure où on a autant d’individus à étudier, on ne peut pas y voir d’avancée miraculeuse. C’est une mutation génétique bien précise que ces chercheurs ont étudiée», nuance le gériatre à la Clinique de cognition de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Et si certains articles évoquent la possibilité de faire reculer les premiers symptômes de la maladie de 17 ans, le Dr Massoud n’a rien vu de tel dans l’étude lorsqu’il l’a consultée. «J’ai vu 12 ans, mais nulle part 17», rectifie-t-il.

Du positif

Il ne faut cependant pas balayer ces découvertes du revers de la main. «Les études génétiques sont très à la mode en ce moment, mais c’est généralement un peu comme une expédition de pêche (où l’on lance sa ligne en espérant que le poisson s’y trouvera), parce qu’il faut étudier des centaines de personnes pour trouver ce qu’on cherche. Ici, la situation est spéciale», rappelle-t-il.

La possibilité de voir autant de sujets qui souffrent de la maladie et d’isoler ces gènes n’est donc pas anodine. «Ce que ça permet de faire, c’est de comprendre comment les gènes fonctionnent, comment ils se comportent. Ce n’est donc pas nécessairement pour mener à de la thérapie génétique autant que pour mieux comprendre la mécanique de la maladie, et ainsi mieux la traiter.»

Bref, si on ne détient pas les ingrédients d’une cure miraculeuse, les découvertes de ce groupe de scientifiques contribuent à beaucoup mieux comprendre le développement de l’Alzheimer. Un peu comme si on avait débrouillé des parties d’une carte, d’un réseau routier, permettant d’exposer comment fonctionnent les différentes voies d’un système en désignant quels gènes aiguillent le cerveau vers des voies rapides, ou vers des voies d’évitement de cette dégénérescence.

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