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Apprendre à décrocher du travail

Dans un monde où le travail nous définit, imprègne notre identité et s’avère une importante source de valorisation, en décrocher est de plus en plus difficile.

Dans un monde où le travail nous définit, imprègne notre identité et s’avère une importante source de valorisation, en décrocher est de plus en plus difficile. La période des vacances estivales est l’occasion de réfléchir à la manière que nous avons de laisser le travail envahir notre vie le reste de l’année.

La conversation débute par une série de remarques éclairantes. Le psychologue Marc-André Dufour suggère que, dans un univers hyperconnecté, décrocher est plus difficile qu’auparavant. «Si on opère de la machinerie, et que l’engin n’est pas à côté de nous, forcément, c’est plus facile de l’oublier. Avant, les ordinateurs et leur contenu restaient au bureau.» Désormais, le bureau nous suit partout. Dans une économie de savoir et une société obsédée par la performance, les téléphones intelligents peuvent rendre impossible le décrochage du travail.

«Il faut comprendre que notre système nerveux n’est pas conçu pour être sollicité en permanence», expose le psychologue. Il faut donc lui donner une pause.

Réflexion sur le travail

«Sauf que prendre des vacances, ce n’est pas donné à tout le monde. Souvent, le pigiste, l’entrepreneur qui n’a pas les moyens d’engager quelqu’un pour le remplacer ou le nouvel employé qui n’a pas encore droit à des vacances payées ne peuvent pas s’absenter», souligne-t-il.

Alors on fait quoi?

Marc-André Dufour suggère que les vacances, c’est aussi un état d’esprit. Une manière de concevoir sa vie en dehors du travail, d’être en mesure de se donner du temps pour soi, de s’éloigner un peu le soir, les fins de semaine, de décrocher par petits morceaux de temps qu’on reprend pour soi.

«L’esprit a besoin d’espace, donc de temps, pour vagabonder, s’égarer, régler des choses.» Si on est toujours dans le travail, on n’a pas le loisir de laisser nos pensées reprendre leur souffle, en quelque sorte. «C’est comme pour le sport. Le corps doit prendre du repos, l’esprit aussi», abonde le psy.

Déconnexion

Et pour ceux qui ont la chance de prendre de réelles vacances, il faut évidemment faire de même et s’arranger pour qu’elles soient bien réelles, justement.

Dufour prodigue ainsi quelques trucs.

«D’abord, vérifier qu’on a bien programmé un message d’absence indiquant le nom d’une personne-ressource à joindre en cas de besoin.» S’agit de s’assurer qu’on n’aura pas à intervenir ou à angoisser parce qu’on a oublié de bien attacher les ficelles des dossiers en cours avant le départ.

Ensuite, si possible, on coupe les ponts. «Il y en a qui, s’ils voient apparaître un courriel du bureau sur leur téléphone, ne seront pas capables de ne pas l’ouvrir, dit le psychologue. Alors, si possible, on désactive la messagerie du bureau.»

Enfin, notre expert en santé mentale suggère de prévoir une journée de mise à jour au retour plutôt que de gâcher la fin de ses vacances. «Il y en a qui prennent la dernière journée de congé pour lire leurs courriels et y répondre. Pourquoi ne pas attendre de retourner au travail pour travailler?» Après tout, chaque jour de repos devrait être consacré… au repos.

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca