Avancées et périls de la santé numérique

Du 14 au 20 novembre, c’est la Semaine de la santé numérique. Occasion de faire le point sur une tendance nécessaire, tant pour l’accessibilité que la gestion des soins.

Le papier n’a peut-être pas dit son dernier mot en littérature, mais il paraît de plus en plus caduc dans nos bureaux. Particulièrement pour tout ce qui touche à la transmission de données.

Avec des médecins qui œuvrent en clinique, à l’hôpital, sur la route, et des patients qui butinent d’un centre de soins à l’autre, et d’un secteur à l’autre à l’intérieur d’un même établissement, la numérisation des dossiers médicaux et de l’ensemble de la gestion de la santé aurait dû être complétée depuis longtemps.

Or, la santé au Québec étant ce qu’elle est (publique, et donc à la fois propulsée et lestée par la bureaucratie comme par la politique), nous accusons un certain retard.

L’accès aux soins

Mais tout n’est pas noir pour autant, assure Xavier Boilard, président d’Omnimed. «Le premier pas est fait. L’objectif général est de remplacer le papier. Les gens comprennent et sont de plus en plus intéressés. Et maintenant, on embarque dans l’étape où la technologie doit permettre un meilleur accès aux soins

Sa compagnie produit d’ailleurs des logiciels de dossiers de patients et de prise de rendez-vous depuis un moment déjà. Elle équipe plusieurs cliniques à travers le Québec. Il comprend donc très bien la nature des enjeux des dossiers de la santé publique.

Et malgré les complications, les accrochages et les coûts exorbitants entourant de grands projets comme le Dossier santé Québec (DSQ), il constate que les choses se placent.

«Ça avance, affirme-t-il. Après avoir intégré la pharmacie et les laboratoires, on est en train d’y arrimer la radiologie. Et au lieu de documents en PDF numérisés, on transmet de plus en plus de données numériques à la base.»

Rien n’est jamais simple, cependant, et les dossiers médicaux complets (DME pour «dossier médical électronique») de même que les dossiers d’établissement constituent de vastes projets qui comportent deux importants défis.

Le premier : que les systèmes soient compatibles. «Qu’ils se parlent», comme le dit M. Boilard.

Le second : avoir sous la main une bonne équipe pour les mises à jour. «Je vois d’un bon œil que le gouvernement ait choisi la solution du partagiciel avec Cristal-Net. C’est un bon système. Son défi, toutefois, sera de conserver une équipe de programmeurs qui saura faire évoluer le code source et l’adapter, maintenir le système et innover.»

Les défis de l’avenir

Outre les grands enjeux du système de santé, auxquels s’ajoutent la sécurité des données et leur confidentialité, Xavier Boilard constate que deux courants principaux émergent en santé numérique, et exposent de nouvelles lignes de faille.

«D’un côté, il y a des compagnies qui innovent et veulent lancer des produits très rapidement. De l’autre, il y a un contre-courant qui veut mater cette innovation pour qu’elle se conforme à des standards de qualité afin d’offrir des produits sécuritaires, dont les résultats sont valides», explique-t-il.

La validité est effectivement un enjeu de taille : un cardiofréquencemètre maison dont la cueillette de données n’est pas stable n’aide en rien le traitement du patient. Au contraire, cela nuit.

«Il faut se demander ce qui est vraiment pertinent», aussi, croit le patron d’Omnimed, qui tisse des liens avec d’autres entreprises en santé, comme PetalMD, afin d’offrir aux cliniques des solutions plus complètes. «Comment gérer toutes ces données? Comment les sécuriser? Comment les employer afin qu’elles soient utiles?» Au-delà de l’enthousiasme, croit-il, comme plusieurs, la santé numérique doit avancer en se posant ces essentielles questions qui lui permettront d’éviter de graves faux pas.

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