Bigorexie : ces hommes qui aiment trop leurs corps

Avec le culte du corps masculin est apparue la bigorexie. Un trouble du comportement où l’obsession de la santé rend malade.

Ça commence avec les meilleures intentions du monde : garder la forme, surveiller son alimentation, être un peu plus performant dans le sport. Et puis quelque chose de nocif s’installe. Les bonnes habitudes virent à l’obsession, si bien que toute la vie tourne autour du sport, de l’alimentation, de l’apparence.

Avec la multiplication des corps masculins sculpturaux qui ont envahi le monde des médias, c’est au tour des hommes de souffrir de la dictature des apparences. Conséquence directe : l’apparition d’un trouble psychologique qu’on appelle la bigorexie.

«On appelle aussi ça le dysmorphisme musculaire. C’est une préoccupation marquée pour l’apparence, qui tourne autour de la peur de ne pas être suffisamment mince et musclé, explique Isabelle Labrecque, docteure en psychologie dont la thèse portait sur la question. Dans 90 % des cas, ça touche les hommes. Et contrairement à l’anorexie et à la boulimie, ça implique une double préoccupation.» En même temps l’extrême minceur et une culture de la musculature.

Les personnes atteintes de bigorexie vont donc adopter une routine très stricte concernant l’activité physique, ainsi qu’une alimentation hyper contrôlée. «Ces comportements vont s’accompagner d’une rigidité, d’une volonté de contrôle et d’une anxiété importante si jamais le risque survient d’avoir à déroger à cette routine», souligne la psychologue.

Des signes

Entre la discipline et l’obsession, la ligne est parfois un peu floue, concède Isabelle Labrecque. «On peut considérer l’entraînement sportif comme étant très important et y consacrer beaucoup de temps sans qu’il s’agisse de bigorexie, détaille-t-elle. C’est ce qui s’y greffe qui fait la différence. Surtout la rigidité. Si on s’accorde des pauses, qu’on se permet d’aller au restaurant, de sortir de sa routine, et qu’on n’angoisse pas outre mesure avec ça, ça peut aller. Mais quand on en vient à s’isoler, à obliger les gens à venir manger chez soi ou à apporter son lunch chez les autres pour pouvoir contrôler ce qu’on mange, on a un indice que ça ne va pas.»

Détresse (qui se manifeste par la colère ou la déprime) en cas d’entraînement raté, refus d’une promotion au travail qui nous obligerait à sortir de notre routine, délaissement de son cercle social afin de s’assurer de ne pas avoir à modifier son horaire : voilà quelques signes qui indiquent qu’on a franchi le pas entre la discipline et l’obsession.

On dirait pourtant le train de vie d’un athlète, non? «C’est vrai», admet Isabelle Labrecque. Et s’ils ne sont pas nécessairement bigorexiques, ceux-ci constituent une population à risque de verser dans l’excès.

«Ce qu’il faut voir, c’est la motivation derrière tout ça. S’il s’agit de performer dans un sport de compétition, ça peut se comprendre. Mais ça peut aussi servir d’écran pour cacher des problèmes.» Les cyclistes professionnels, les coureurs et de nombreux autres sportifs souffrent parfois de troubles alimentaires, ce n’est pas nouveau.

La source du mal et ce qui l’alimente

L’ennui, complète la psychologue, c’est qu’il est très difficile de se poser à soi-même la question la plus importante : pourquoi fait-on tout ça? Est-ce vraiment pour être en santé, pour le sport, ou parce qu’on obsède sur son apparence et qu’on manque d’autres sources de valorisation?

«Lorsqu’on récolte des compliments sur son apparence, qu’on a plus de succès en matière de séduction, ça nourrit la bête», illustre Isabelle Labrecque. Une autre manière de dire que si vous craignez qu’un de vos proches exagère un peu trop dans sa discipline d’entraînement et qu’il restreigne beaucoup son alimentation, mieux vaut éviter de valider son mode de vie en le couvrant de bons mots sur son apparence.

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