Quand le bureau rend malade

Les troubles musculo-squelettiques comptent parmi les plus importants problèmes de santé en milieu de travail. Chez les personnes les plus souvent touchées, il y a celles dont les mouvements sont si subtils et les efforts physiques si peu brutaux qu’on les croirait à l’abri de blessures physiques. Pourtant, les employés de bureau sont durement affectés.

On désigne aussi les troubles musculo-squelettiques (TMS) par l’appellation lésions articulaires dues au travail répétitif. Si celles-ci touchent les personnes qui font un travail plus physique, en chantier, en manutention ou dans le domaine industriel, par exemple, les TMS affectent aussi un nombre grandissant d’employés de bureau.

Selon les statistiques compilées par la CNESST, plus de 60 % des TMS déclarés en entreprise sont dus aux mouvements corporels ou à la posture des travailleurs impliqués.

Là où ça blesse

Dans les bureaux, où les employés sont le plus souvent assis et répètent les mêmes gestes, les blessures concernent principalement le haut du corps.

Épaules, coudes, poignets sont parmi les parties les plus affectées. «Contrairement à ce qu’on serait tenté de croire, les problèmes de dos, comme les hernies discales, ne sont pas les troubles les plus courants», expose Dominick B. Turgeon, de la firme Entrac, qui se spécialise en ergonomie.

Chaque année, son entreprise basée à Québec mais qui opère aussi à Montréal répond à 700 demandes d’interventions urgentes et pratique 2 000 opérations de prévention en entreprise.

Selon M. Turgeon, il existe deux situations en TMS : un épisode de stress intense, qui provoque une lésion, ou alors un traumatisme causé par une surcharge cumulative.

Dans ce dernier cas, il importe de bien comprendre les étapes par lesquelles évolue le mal. «Ça commence par un malaise, un inconfort, et ensuite ça va se transformer en douleur. Puis cette douleur-là va devenir plus diffuse, donc s’étendre ailleurs dans le corps, puis elle va perdurer après l’activité, la nuit par exemple. À ce stade, l’inflammation est devenue très importante.»

Le bureau qui nous suit

«Le risque pernicieux du travail de bureau, explique Dominick B. Turgeon, c’est que le stress est de faible niveau. Ce n’est pas une action intense, mais elle est répétée très fréquemment, avec la même amplitude, pendant des mois, des années. Et de plus en plus, le soir, comme on passe encore du temps avec les mêmes outils (ordinateurs, tablettes, portables), on peut aggraver la situation en répétant les mêmes gestes même après que la journée de travail est terminée.»

L’autre enjeu concerne le télétravail. Un nombre croissant d’employeurs permettent à leur personnel de rester à la maison pour accomplir certaines tâches. Des travailleurs autonomes s’affairent par dizaines dans les cafés. Les transports interurbains sont remplis de gens besogneux, prostrés sur leurs ordinateurs portables. Tout cela n’est pas sans multiplier les problèmes de TMS.

Prévenir, c’est payant pour l’employeur

Au-delà de ces nouvelles situations, les employeurs ont tout intérêt à se soucier des TMS et à tout faire pour les prévenir.

D’abord, comme le mentionne M. Turgeon, parce que les TMS impliquent des coûts parfois importants en assurances et en remplacement temporaire de personnel, en plus de ralentir la production. «Et c’est très complexe de trouver du personnel de remplacement dans un contexte de plein emploi comme le nôtre», souligne-t-il.

Sans parler du présentéisme, provoqué par un employé qui aurait peur de déclarer un malaise et qui continuerait de se présenter au travail, mais dont la souffrance le rendrait improductif.

L’ergonomie pour l’image de l’employeur

Se soucier des TMS et de l’ergonomie en général fait désormais des bonnes pratiques des entreprises qui favorisent l’image de marque de l’employeur et améliorent la rétention d’employés de même que le recrutement.

«Des employeurs qui mettent de l’avant la qualité de leurs installations et de leurs postes de travail, c’est quelque chose qui est apparu il y a un peu plus de cinq ans, explique l’expert en ergonomie. Ça augmente la satisfaction des employés, ils se sentent plus appréciés et sont plus productifs.»

 

(Dans notre prochain texte, vous trouverez quelques conseils pour les employés et les employeurs afin de prévenir les TMS, mais aussi les problèmes liés au stress et à la maladie mentale en milieu de travail.)

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