Cancer colorectal : l’auto-examen d’un dépistage

Tandis que certaines pratiques de dépistage du cancer essuient le tir groupé de critiques qui réfutent parfois jusqu’à leur utilité, les équipes de prévention du cancer colorectal font subir à leur pratique une constante analyse qui permet d’améliorer considérablement le taux de détection, et de réduire les faux résultats positifs.

Gastro-entérologue à l’Hôtel-Dieu de Lévis, le docteur Rémi Lavoie est une autorité en prévention. Aussi, il défend sans réserve les examens de détection, plaidant que les avantages d’un diagnostic précoce surpassent de très loin les désagréments du test.

Qui est touché?

Le cancer colorectal est le 3e cancer le plus fréquent au Canada, et il est le second qui provoque le plus de décès, après celui du poumon.

Aussi, les chances de survie sont considérablement améliorées si on diagnostique rapidement la maladie.

« Tous les adultes, hommes et femmes, de 50 à 74 ans, et qui ne présentent aucun symptôme d’alarme (rectorragies, changement des habitudes intestinales, perte de poids non volontaire, anémie par manque de fer…) devraient tout de même subir un test de selles, appelé FIT test, tous les deux ans, permettant de déceler la présence de sang, qui elle suggère l’existence de lésions pré-cancéreuses », affirme le médecin.

Chez les personnes ayant un historique familial de cancer avec un proche au premier degré (donc père, mère, soeur ou frère) , les recommandations pour une première évaluation changent : « À ce moment, on propose de faire une colonoscopie dès l’âge de 40 ans, sinon dix ans avant l’âge de l’apparition du cancer d’un membre de la famille. Par exemple, si votre père a eu un cancer à 47 ans, on devrait faire les premières vérifications dès 37 ans. » On doit ensuite recommencer tous les cinq ans. Ou moins, selon ce que révèle l’examen précédent.

Malheureusement, le cancer est parfois aussi dans les gênes.

Amélioration de résultats

Avec l’apparition du Fit test (pour Fecal Immunochemical Test), le dépistage du cancer est de plus en plus pointu. « Il y avait plus de faux positifs avec le test précédent (Gaïac), maintenant on a un indicateur plus efficace », expose le docteur Lavoie.

C’est ce premier test qui indique si l’on doit poursuivre l’enquête médicale et ensuite procéder à un examen diagnostic : la colonoscopie. « Il existe aussi une colonoscopie virtuelle, mais de très nombreux patients affirment avoir été plus incommodés par celle-ci, puisqu’on doit injecter beaucoup d’air dans le patient, qui se sent très ballonné, inconfortable, pendant plus longtemps qu’avec la colonoscopie traditionnelle où on utilise maintenant du Co2 qui se diffuse plus rapidement. »

À l’inverse, même si l’idée peut sembler très peu invitante, la colonoscopie « standard » se pratique avec un doigté souvent expert, les patients réclamant même de moins en moins de sédation.

Reste que le principal avantage avec la colonoscopie, c’est la possibilité de trouver les polypes (les lésions), et de les retirer sur le champ, l’outil d’examen étant muni du nécessaire afin de procéder à leur ablation. L’examen devient alors aussi un traitement.

Autocritique

« La pratique s’est aussi standardisée, termine le médecin, et on a mis en forme un document qui précise la marche à suivre, autant en ce qui concerne le suivi des patients que la pratique de la colonoscopie elle-même, allant jusqu’à imposer un taux de détection parmi les critères de qualité de l’acte médical, de même que la durée, afin d’assurer non pas uniquement un nombre maximal de patients rencontrés par jour, mais aussi d’assurer un examen de qualité. »

Une autocritique de la profession et une évolution des systèmes de détection qui permettent aux gastro-entérologues de répondre à coups d’arguments probants aux critiques du dépistage systématique.

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