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Cancer de la prostate: dépister ou pas?

Le dépistage du cancer de la prostate est dans la mire des spécialistes de la santé. Certains le jugent inutile; parmi ceux-là, des organismes d’un indiscutable sérieux. D’autres estiment qu’il est nécessaire, parce que le risque en vaut la chandelle. Qui écouter?

Le cancer de la prostate est un cas ennuyeux. S’il est le deuxième cancer le plus fréquent chez les hommes, après celui du poumon, il est loin de représenter un taux de dangerosité analogue.

Reste que, chaque année, des milliers d’hommes en meurent.

On peut cependant très bien être porteur de cellules cancéreuses à la prostate pendant de nombreuses années sans jamais développer la maladie, si bien que le dépistage systématique de ce cancer est de plus en plus controversé. Car la détection amène des traitements qui, s’ils s’avèrent inutiles, n’auront servi qu’à nuire à la qualité de vie des patients. Pensez incontinence et impuissance.

Il s’agit là d’un sujet épineux qui mérite d’être étudié calmement. Les avis divergent. Et les exceptions ont beau confirmer la règle, personne ne veut être cet homme qui aurait pu être sauvé par le dépistage, mais s’est abstenu.

Alors que faire?

À quoi sert le dépistage?

Il faut bien comprendre que le dépistage d’un cancer n’a pas pour objectif principal de détecter la maladie avant l’apparition des symptômes. Il s’agit là de la première partie du processus. Sa finalité est d’améliorer l’efficacité du traitement et les chances de survie d’une personne.

Or, il appert que le dépistage du cancer de la prostate n’est pas très efficace à cet égard. Et si on a parfois l’impression qu’il est toujours préférable de savoir qu’on est porteur d’une maladie au potentiel létal, il se peut qu’on se trompe.

Car le surdiagnostic d’un cancer mène à des traitements, parfois inutiles, qui nuisent considérablement à la qualité de vie, sans toutefois améliorer les chances de survie.

Cela signifie-t-il que le dépistage est inefficace?

Non. Ce serait plutôt le contraire. Même s’il existe une autre controverse, celle-là autour de la nécessité du toucher rectal (l’une des deux techniques, avec la prise de sang), le dépistage est efficace. Et dans le doute, des biopsies et d’autres tests avancés permettent de confirmer ou d’infirmer le diagnostic.

L’ennui, c’est que, sur un large échantillon de la population, les chances de survie d’un groupe dépisté et d’un autre qui ne l’est pas sont identiques. Dans son blogue de L’actualité, le Dr Alain Vadeboncoeur l’explique clairement.

Lui-même n’a pas subi les tests de dépistage. Et c’est d’ailleurs la recommandation d’organismes américains et canadiens en la matière.

Les avantages du dépistage

À l’inverse, plusieurs médecins sont toujours en faveur du dépistage ou affichent une position moins catégorique. Le Collège des médecins, lui, propose un dépistage tous les deux ans chez les hommes de 55 à 70 ans.

Car il est vrai que si le dépistage, de manière générale, n’améliore pas l’espérance de vie moyenne d’un groupe d’individus, le fait de mettre au jour un cancer agressif le plus tôt possible améliore les chances de survie d’une personne atteinte.

Il faut donc discuter des avantages et des inconvénients du dépistage avec son médecin. Par exemple, il est possible que l’on détecte des lésions cancéreuses qui ne se développeront jamais. La détection pourrait être suivie de traitements, puis d’une ablation de la prostate, engendrant des problèmes urinaires et érectiles. Tout cela pour un cancer qu’on aurait pu avoir sans jamais qu’il se manifeste.

Il s’agit donc d’une gestion du risque dont il faut absolument discuter. Et le choix ne sera pas des plus faciles à faire.

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca