Cinq questions sur la maladie coronarienne

La coronaropathie – ou maladie coronarienne – est la forme la plus commune de maladie cardiaque. Le plus simplement, elle se définit par une obstruction des artères irriguant le cœur, ce qui réduit considérablement le flux sanguin dirigé vers cet organe.

Dans le cadre du Mois du cœur, nous revenons sur quelques bases, mais explorons aussi de nouvelles pistes en matière de prévention et de traitement de cette maladie qui, avec le vieillissement de la population, affecte un nombre croissant d’individus. Hommes et femmes. Et parfois pour des raisons différentes chez l’un et l’autre.

Nous avons donc posé cinq questions à Michel DeGrâce, cardiologue praticien à l’Hôtel-Dieu de Lévis, afin de mieux saisir les contours de ce problème de santé.

La maladie coronarienne est-elle héréditaire?

Oui et non. Il y a des familles où il y a plus de maladies coronariennes précoces. Habituellement, c’est en lien avec des maladies du cholestérol, et c’est un phénomène qui est plus courant dans certaines régions du Québec, probablement en raison de la consanguinité. Reste que c’est assez rare. De la même manière, il y a des familles où il y a un historique de maladies lipidiques très sévères, ce qui provoque une maladie coronarienne précoce. Mais là aussi, c’est très rare.

Pour la grande majorité des individus, l’hérédité est un facteur parmi d’autres. Ce qui veut dire que même si un parent a eu un infarctus très jeune, l’influence du tabagisme ou de la sédentarité est aussi très importante.

Il y a plusieurs facteurs de risque. Certains sont dits modifiables (contrôlables), ce qui est une bonne nouvelle : l’hypertension, l’hypercholestérolémie, le diabète, l’obésité, la sédentarité, la consommation excessive d’alcool, la sédentarité, le tabagisme et le stress.

Certains sont non modifiables : l’âge, le sexe, les antécédents familiaux, l’origine ethnique et l’AVC ou l’ICT (ischémie cérébrale transitoire) ancien.

Enfin, quand on dit qu’on a un facteur de risque familial, il faut que le père ait eu une maladie avant 55 ans, ou la mère avant 60 ans. Par exemple, si votre père a fait un infarctus à 70 ans, ça ne constitue pas un facteur de risque.

Les femmes sont-elles moins à risque que les hommes?

Les femmes sont relativement protégées avant la ménopause, mais cette protection peut être réduite si elles fument, s’alimentent mal et bougent peu. À la ménopause, cette protection disparaît.

À quel moment devrait-on consulter, qu’est-ce qui peut éveiller le doute sur l’existence d’une maladie coronarienne?

La maladie se présente en général de deux façons.

Il y a le type aigu, où l’on ne soupçonnait souvent rien au départ, puis ça se manifeste de manière très intense. C’est ce qu’on appelle l’infarctus du myocarde, ou la crise de cœur. On parle de douleurs à la poitrine, à la mâchoire, aux épaules. Souvent, ça peut ressembler aux symptômes d’une indigestion. Certaines personnes vont avoir des symptômes atypiques, le plus souvent les femmes. On parle alors de nausées, parfois sans aucune douleur à la poitrine. Ça peut aussi être une perte de connaissance ou un important essoufflement.

En cas de symptômes d’une manifestation aiguë, on appelle le 911. C’est préférable car mieux vaut éviter de prendre le volant, et parce que les ambulanciers sont désormais équipés d’électrocardiogrammes, ce qui permet de faire des diagnostics dans le véhicule d’urgence. Comme ça, on gagne beaucoup de temps à l’arrivée à l’hôpital pour débloquer l’artère bouchée.

La maladie coronarienne peut aussi se présenter progressivement; c’est souvent le cas. À l’activité physique, les gens affectés vont ressentir une douleur ou de l’essoufflement. Le symptôme disparaît lorsqu’ils cessent l’effort et se manifeste à nouveau quand ils reprennent l’exercice. C’est ce qu’on appelle de l’angine de poitrine. On ressent ça lors d’un blocage autour de 70 % et plus. Le muscle cardiaque tolère une certaine insuffisance d’oxygène au repos, mais à l’effort, il en manque, donc la douleur survient.

En médecine génomique, est-on capable, désormais, de savoir qui a plus de risques de développer une maladie cardiaque?

On peut identifier les gènes de certaines maladies du cholestérol. On a commencé à désigner des patients qui répondaient à certains médicaments parce qu’ils sont porteurs de certains gènes en particulier. Mais en général, on n’est pas encore capables de faire du dépistage génétique.

On pense que d’ici 15 ou 20 ans, on pourra offrir de meilleurs traitements grâce à la génomique. C’est ce qui se produit en ce moment en oncologie, où l’on se rend compte que certains traitements fonctionnent mieux selon la génétique des patients ou la génétique des cellules cancéreuses.

Sur quoi devrait-on mettre l’accent en matière de prévention?

Il n’y a rien de miraculeux, mais la chose que je dis toujours aux patients, c’est de commencer par arrêter de fumer. C’est vraiment important parce que le tabagisme accélère le développement de la maladie coronarienne, qui va alors se manifester 10 à 15 ans plus tôt. Et après deux ans sans tabac, son effet délétère sur les maladies cardiaques a complètement disparu (les effets pulmonaires prennent plus de temps à se dissiper, par contre).

Il faut aussi se préoccuper des autres facteurs de risque modifiables comme l’hypertension, le diabète, l’hypercholestérolémie (qu’on peut traiter grâce à de nouvelles molécules, parce que chez certaines personnes, la meilleure prévention, c’est le traitement médicamenteux).

Ce sur quoi on n’a pas assez mis l’accent dans le passé, à mon avis, c’est l’activité physique. Heureusement, on en parle plus. Elle est également utile pour nous aider à contrôler les maladies déjà présentes (hypertension, diabète, hypercholestérolémie). On parle d’une activité modérée : 30 minutes, cinq fois par semaine.

Il y a aussi la diète. Celle dite méditerranéenne est très efficace. Chez plusieurs patients, il a été démontré qu’elle a un effet aussi efficace que des médicaments pour réduire le cholestérol. Il faut donc éviter les gras saturés, très présents dans la nourriture nord-américaine.

Enfin, à nouveau, il faut cesser de fumer. Il y a encore beaucoup de femmes qui fument, et selon mon expérience, celles qui font des infarctus à 45 ou 50 ans ont pratiquement toutes cette habitude, à l’exception de celles qui souffrent de maladies lipidiques familiales ou qui appartiennent à des familles avec de la maladie cardiaque précoce.

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