Détecter les troubles alimentaires

Craignez-vous qu’une personne de votre entourage soit en train de développer un trouble alimentaire comme l’anorexie ou la boulimie? Il existe des indices qui peuvent vous aider à repérer cet important problème de santé, et des gestes que vous pouvez poser pour intervenir.

Audrey Brassard, nutritionniste au PITCA (Programme d’intervention de troubles des conduites alimentaires) du CIUSS-Capitale Nationale, décrit les signes annonciateurs et offre des renseignements précieux pour mieux comprendre ces comportements et aider celles et ceux qui en souffrent.

Comment ça commence?

«Souvent par un premier régime ou une simple décision de faire attention à son alimentation. Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’anorexie et la boulimie ont souvent comme source une intention très saine. On comprend donc que ce n’est pas tout le monde qui fait un régime qui est à risque.»

Alors qu’est-ce qui peut indiquer qu’on s’aventure du côté obscur?

«La manière dont les comportements vont devenir de plus en plus rigides. Lorsque les comportements alimentaires ne peuvent pas être contournés, que les personnes ne font plus jamais n’exceptions, même pas pour une fête de famille, ça indique qu’on devient de plus en plus strict.»

Et il n’y a pas que le comportement alimentaire à surveiller?

«Non, généralement, ce trouble va affecter tout le reste de la vie, et on va devenir de plus en plus obsédé par l’alimentation, mais aussi par l’exercice physique. On voit d’ailleurs ce problème chez plusieurs athlètes qui veulent perdre du poids pour skier plus rapidement ou être plus légers sur leur vélo. La charge d’entraînement va augmenter, et l’alimentation va devenir de plus en plus restrictive. On va constater une diminution de la vie sociale, des sautes d’humeur, de l’isolement.»

Ce que vous décrivez est valide uniquement pour l’anorexie ou pour la boulimie aussi?

«Les deux. L’anorexie et la boulimie sont caractérisées par une phase très restrictive, mais dans la boulimie, il va y avoir des crises à force de s’affamer, de se retenir : les gens vont manger de grandes quantités de nourriture. C’est parfois suivi de vomissements, de l’utilisation de laxatifs, mais pas toujours. Ce sera suivi d’une chute importante de l’humeur, parce que les personnes ont honte. Pour l’anorexie, les variations d’humeur sont moins importantes; on peut dire que souvent les personnes deviennent éteintes. Il y a une voix dans leur tête, qui est comme un général d’armée, qui leur dit qu’elles n’ont jamais assez fait d’exercice et toujours trop mangé. Elles y répondent et se conforment aux directives. Ça devient leur principale obsession.»

Qu’est-ce qu’on fait quand on croit que quelqu’un est en train de développer un problème comme celui-là?

«On nomme notre inquiétude. Plusieurs des personnes qui souffrent de ces troubles considèrent qu’elles n’ont pas de problème. Mais ce n’est pas parce qu’elles sont dans le déni que leur entourage devrait l’être. On peut leur parler de poids, mais pas seulement. On peut leur indiquer qu’elles sourient moins, qu’elles ont moins de plaisir et on dit : “Ça m’inquiète.”»

Est-ce que ces gens veulent se détruire en faisant ça?

«Non, pas du tout. C’est même le contraire. Ils sont généralement très soucieux de leur santé, alors leur dire qu’on craint pour leur santé et leur proposer d’aller voir leur médecin pour s’assurer qu’ils vont bien, ça peut être une bonne porte d’entrée.»

Qu’est-ce qu’on fait d’autre?

«On répète nos inquiétudes souvent, on indique qu’on est là pour écouter et aider. On peut fournir des ressources comme des numéros de téléphone et des adresses Internet de centres d’aide spécialisés. Surtout, il ne faut pas juger. C’est bien de dire “ça se peut que je me trompe”, et il faut se montrer ouvert et disponible. Après, malheureusement, il y a un bout de chemin qui appartient à la personne…»

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