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Dossier sexualité: le dur désir de durer

La sexualité n’occupe pas la même place, pour tous, dans la santé psychologique de la vie de couple. Mais la baisse de désir constitue pour plusieurs une source de détresse et de conflits qui mène jusqu’aux pensées noires, dépressives, et à la séparation.

La vie qui déboule, les enfants, le travail et le florilège des occupations liées à la vie domestique comme aux loisirs grignotent le temps et l’énergie. Peu à peu, la passion dévorante laisse place à la routine.

Et avec, en mémoire, ce souvenir d’amours intempestives qui pouvaient se manifester au milieu de la nuit, le matin, le soir, peu importe le niveau de fatigue, plusieurs couples attendent que ce désir remonte avec la même énergie, naturellement, sans fournir d’efforts.

«Mais c’est un grand mensonge qu’on se fait et qui nuit considérablement à notre capacité de surmonter la baisse de désir, qui est tout à fait normale», soutient la sexologue Geneviève Marier.

De nombreux couples se présentent dans son bureau avec ce problème. «Le désir, dit-elle, ça se construit, ce n’est pas magique.»

Refaire de l’espace pour le désir

Le début d’une relation est hormonal, puissant, ponctué d’explosions émotives. Si l’effet de surprise s’estompe avec le temps, la sexologue insiste sur la nécessité de recréer dans le quotidien des zones qui permettent au désir de se redéployer.

«Plusieurs couples sont tellement dans le travail d’équipe pour gérer la maison et les enfants qu’ils s’oublient. Mais ce qu’ils doivent se rappeler, c’est ce que provoquaient l’absence de l’autre et l’anticipation de le ou la revoir, au début de leur relation. Parce que le désir, c’est beaucoup dans la tête, et ça se construit dans les moments où nous sommes séparés.»

La sexologue propose quelques pistes pour tromper l’ennui du quotidien sans trop en faire. Rendez-vous prévus d’avance à l’extérieur de la maison, petites évasions, mais aussi des moments volés ici et là, qu’on partage en mettant à profit les technologies. «Quand on pense à l’autre, on peut lui envoyer un texto, entretenir l’attente, exprimer qu’on a hâte de le ou la revoir.» En entrant dans les détails ou pas de la rencontre à venir…

Il faut donc faire un effort pour se rendre désirable. D’autant que, si on souhaite retrouver les papillons des débuts, il faut aussi s’élever au même niveau d’exigences qu’à l’époque. «Si on a un rendez-vous, une sortie, on n’y va pas en joggings, illustre la sexologue. Il faut ramener la notion de rêve dans le quotidien, fantasmer l’autre, planifier ensemble des moments pour reconnecter.»

La santé sexuelle : prise en charge

La sexualité n’est pas que physique. Elle est éminemment psychologique, et répond à différents besoins selon les individus.

Pour mieux raviver le désir dans le couple, il faut aussi se montrer ouvert et compréhensif aux besoins de l’autre. Il existe parfois un déséquilibre dans le désir (souvent plus fort chez lui que chez elle, mais pas toujours!). Chez certaines personnes, le désir est plus fusionnel, plus amoureux et affectif que génital.

Il faut discuter, composer avec les attentes de l’autre, et ne pas hésiter à consulter des professionnels en cas de détresse; il est parfois plus facile, au-delà de la gêne initiale, de faire part de ses attentes en présence d’une autorité qui pourra les valider et créer un espace de conversation pour mieux se comprendre l’un et l’autre.

«Les gens que je vois, le plus souvent, s’aiment encore beaucoup, mais ils ont perdu la manière, se sentent maladroits, sont ensevelis par les obligations du quotidien, explique Geneviève Marier. Dans ces cas, il n’est pas trop tard, il y a moyen de retrouver le désir. À condition d’être prêt à faire des efforts.»

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca