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Dossier sexualité – Nuances de gris

La santé sexuelle ne se résume pas qu’à la prévention des ITSS. Composante majeure de l’identité, de nos rapports affectifs et émotionnels, elle est intimement liée à notre bien-être psychologique.

Avec l’âge, toutefois, la sexualité peut changer de forme. La maladie, la solitude et les tabous influent sur le comportement et viennent parfois mettre du sable dans l’engrenage d’une santé sexuelle épanouie.

Enjeu démographique

Le sujet est soudainement apparu dans le radar médiatique. D’abord, dans le film qu’a réalisé le cinéaste Fernand Dansereau, L’érotisme et le vieil âge. Puis dans un documentaire de Sophie Lambert présenté à Télé-Québec : Des nuances de sexe et de gris.

On devine qu’avec la cohorte des baby-boomers qui pèse lourd dans la balance démographique, il est naturel que l’enjeu surgisse maintenant dans l’espace public. C’est aussi ce que croit la sexologue Jocelyne Robert. «Il n’y a jamais eu autant de personnes âgées dans l’histoire de l’humanité, dit-elle. Et nous, les baby-boomers, on a pensé que le monde nous appartenait, alors on ne va pas se laisser tasser à l’âge de la retraite», rigole-t-elle.

Tabous et infantilisation

Les boomers n’ont donc pas fini de mettre le poing dans les interdits. Cette fois, tandis qu’ils contemplent le crépuscule de la vie, ils refusent d’être traités comme l’ont été les générations précédentes de personnes âgées : en enfants, incapables de prendre des décisions éclairées, et dont les désirs sont considérés comme des caprices.

«Quand je travaillais dans un centre de personnes âgées, raconte Jocelyne Robert, et qu’un préposé découvrait un homme et une femme en train de se caresser, ou une personne qui se masturbait, on devait tenter de leur changer les idées. On leur proposait d’aller jouer au bingo. Comme pour les enfants qu’on surprend à s’adonner à des jeux de découverte sexuelle, et auxquels on propose d’aller manger de la crème glacée à la place.»

«Apparemment, affirme la sexologue, c’est loin d’être évident de reconnaître aux personnes âgées le plein droit à la sexualité et au plaisir.»

De la naissance à la mort

Selon Jocelyne Robert, le plus important à retenir des ouvrages qui traitent du sujet, c’est que la sexualité est l’affaire de toute une vie. «Ça commence à la naissance, et ça se termine à la mort.»

Le problème, c’est que la sexualité des personnes âgées ne répond pas aux diktats. «C’est hors norme, les corps ne répondent plus aux critères de beauté en vogue, et on est pris avec une idée précise du genre de corps qu’il faut posséder pour avoir une sexualité active… Une idée complètement faussée par les images que nous consommons.»

Or, selon la sexologue, les personnes âgées ont besoin qu’on «normalise» leur sexualité. «Vouloir faire l’amour à 75 ans, ça ne signifie pas qu’on est un vieux cochon ou une dépravée. Et le handicap majeur à l’expression d’une vie sexuelle épanouie, ce sont nos préjugés», clame-t-elle.

Vivre la sexualité autrement

L’ennui avec ce tabou et le silence qui embaume prématurément la discussion sur la sexualité, c’est la nécessité de parler et d’obtenir de l’aide quand l’âge parsème d’embûches la vie sexuelle.

Handicaps, maladie, mort du conjoint, vie en centre d’accueil et autres freins au désir comme aux pratiques qui étaient autrefois courantes ne devraient pas signer l’arrêt de mort de la vie sexuelle. L’érotisme remplace parfois la génitalité. Les rapports se modifient, s’adaptent. «Et les gens ont besoin de se faire dire qu’ils sont normaux, que leurs désirs sont valides», croit Jocelyne Robert.

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca