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Dossier sexualité: la santé des célibataires

Sexe et célibat. Les deux mots accolés peuvent résonner comme les composantes d’une équation de laquelle on pourrait tirer deux résultats opposés. Une abondance de rapports avec différents partenaires ou, à l’inverse, l’abstinence.

La réalité des célibataires se décline autrement, étendant l’éventail de ses nuances entre ces deux stéréotypes. Ce qui ne minimise en rien la panoplie d’obstacles à éviter pour les célibataires qui souhaitent maintenir une vie sexuelle active et saine.

Car autant du côté physiologique que de la santé psychologique, la vie sexuelle des célibataires recèle nombre de défis. Pas toujours désagréables à relever, toutefois.

Les ITSS

Dans le lot des ennuis de santé à esquiver, les ITSS figurent au premier plan. D’autant que ces infections sont relativement faciles à éviter grâce à l’usage rigoureux du condom.

Et pourtant, elles connaissent une hausse fulgurante. C’est le cas chez les 15 à 24 ans, qui se protègent moins, mais aussi chez les adultes, voire les personnes âgées, qui se croient à l’abri de ces maladies parfois coriaces, douloureuses, quand elles ne sont pas carrément chroniques.

À titre indicatif : 40 000 personnes reçoivent chaque année un diagnostic d’ITSS au Québec. Une personne sur cinq est infectée par l’herpès génital, et parmi celles-ci, seulement 1 sur 10 le SAIT!

Demander «Es-tu clean ?» et faire confiance ne suffit donc pas.

Les grossesses non désirées figurent aussi au lot des risques encourus. L’avortement n’est pas sans conséquences psychologiques chez celles qui doivent le subir.

Les nouveaux statuts à l’ère de Tinder

Le célibat n’est plus ce qu’il était, croit la sexologue Geneviève Marier, qui constate cependant que ceux qui choisissent (ou pas) de vivre seuls portent encore certains stigmates sociaux. «Beaucoup d’entre eux sont très bien comme ils sont, mais leur entourage les juge.» Or, en dehors du couple et du célibat endurci, les modèles relationnels ont considérablement évolué. «Évidemment, Internet et les applications de rencontre sont pour beaucoup dans ces nouveaux rapports où l’accessibilité aux autres n’est plus un enjeu», soutient-elle.

Mais avec la «tinderisation» des relations humaines, les occasions de s’écorcher l’ego et de consommer son prochain comme un produit jetable multiplient les risques de séquelles psychologiques. D’où la nécessité, selon Geneviève Marier, de prendre du recul dans la frénésie des rencontres et des visages qui défilent sur l’écran des portables pour mieux s’évaluer et songer à ce qu’on cherche.

Le sexe à valeur ajoutée

«Il y a quand même une dimension sacrée à la sexualité, croit Geneviève Marier, alors que ce qu’on voit dans les réseaux sociaux, en ce moment, ça relève plus du fast-food. Je pense qu’il faut ramener une notion d’intégrité dans la sexualité, quelque chose qui va plus loin que la mécanique du corps. J’ai des clients qui vont sur les sites, essaient, mais ne se reconnaissent pas là-dedans. Je suis persuadée qu’à force de banaliser le sexe pour en faire un objet de consommation, on finit par avoir des séquelles psychologiques.»

D’autant que c’est bien connu : tout le monde ment sur ces sites. On s’améliore un peu. On triche sur son âge, sa taille, son poids, on choisit une photo qui nous met en valeur, même si elle ne nous représente pas bien en réalité. Le jeu est truqué, et les déceptions sont au rendez-vous, de part et d’autre, avec les contrecoups du rejet parfois multiple.

Règles à suivre

La vie sexuelle des célibataires n’a cependant pas à être aussi glauque que ce que propose le monde virtuel des applications de rencontre.

Pour accorder sa vie de célibataire au maintien de sa santé psychologique, la sexologue Geneviève Marier suggère deux idées de fond. De quoi apprendre à ménager son ego, son cœur, sa santé mentale, et éviter les comportements compulsifs.

D’abord : attention de ne pas confondre besoin affectif et relation sexuelle occasionnelle. Prenez du recul, «regardez-vous aller», illustre Mme Marier. «La recherche d’un partenaire, ça peut être très sain, affirme la sexologue. Mais ça peut aussi être difficile de vivre seul, et on ressent parfois un vide intérieur qui peut nous pousser à faire des choses qui nous nuisent. Aussi, avant d’écrire à deux douzaines de partenaires potentiels sur les réseaux sociaux pour ne plus être seul, mieux vaut réfléchir à ce qu’on souhaite tirer de ces rencontres.»

Enfin : déterminer quelles sont nos valeurs et ce que nous cherchons dans une relation. Ce n’est que du sexe? Très bien. Si c’est ce que souhaite aussi l’autre personne. «Au fil des rencontres, on va s’apercevoir si la personne en face de nous répond à nos valeurs, si elle est à l’écoute de ce que nous sommes. Même sur les réseaux sociaux, on peut commencer à saisir comment agissent et pensent les gens.»

En respectant ses propres valeurs, en les cherchant chez les autres, et en évitant les pièges que tend la solitude, la recherche de l’âme sœur ou la vie en solo peuvent se vivre sans trop d’accrocs. Ni plus ni moins que chez les gens en couple, finalement.

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca