Pupils raising their hands during class at the elementary school

Éducation sexuelle : un impératif de société

Tandis qu’est lancé, pour une période de deux ans, un projet pilote pour ramener l’éducation sexuelle dans les écoles du Québec, la nouvelle réédition de la série d’ouvrages Ma sexualité de la sexologue Jocelyne Robert, 30 ans après sa première parution, expose la nécessaire transmission d’une information objective, factuelle et de qualité en la matière.

Tandis qu’est lancé, pour une période de deux ans, un projet pilote pour ramener l’éducation sexuelle dans les écoles du Québec, la nouvelle réédition de la série d’ouvrages Ma sexualité de la sexologue Jocelyne Robert, 30 ans après sa première parution, expose la nécessaire transmission d’une information objective, factuelle et de qualité en la matière.

Entretien avec l’auteure à propos des impératifs entourant l’enseignement de cet universel domaine de l’intime.

Jocelyne Robert, pourquoi est-il nécessaire de ramener l’éducation sexuelle à l’école?

Sans minimiser le travail des parents, parce qu’il ne s’en fait pas d’autre que celle, implicite, qui est livrée par les médias, Internet, la porno. C’est nécessaire parce qu’il n’y a plus rien qui vient rivaliser avec le message ambiant sur la sexualité dans l’univers des enfants et des adolescents. C’est un lieu qui a été laissé vacant, et le besoin est énorme.

On le sait, il y a une nette augmentation des ITSS depuis 10 ans, donc depuis la disparition de l’éducation à la sexualité. Surtout chez les jeunes. Il y a un retour de la pensée magique : la nécessité de se protéger n’est plus présente dans les messages à propos de la sexualité – même si la sexualité, c’est loin de se résumer à ça.

C’est important de ramener la notion de plaisir dans la responsabilité. La dernière année, avec la déferlante des agressions non dénoncées, a bien démontré l’importance de l’éducation sexuelle afin de couvrir des notions comme le consentement.

Ensemble, toutes ces choses forment une sorte de clameur qui illustre le besoin d’un retour de l’éducation à la sexualité.

Plusieurs parents considèrent que ce sont eux qui devraient prodiguer cet enseignement, pas l’école. Qu’est-ce que ça change d’avoir une personne extérieure à la famille pour le faire?

Il ne faut pas voir ça autrement que comme un complément à ce que la famille peut faire. Il n’est pas question de remplacer, d’évacuer. Au contraire, l’école devrait être un soutien, et la famille devrait s’informer de ce qui se fait à l’école et compléter à la maison, de manière plus personnalisée, l’accompagnement de l’enfant.

Mais l’école, elle, est un lieu objectif, alors que la famille ne l’est pas. On n’est jamais objectif face à ce qui arrive à ses enfants, il y a toujours une charge émotive, affective, qui vient colorer le message. Ce n’est pas mauvais. Mais parfois ça peut nuire, et on peut être moins bon dans notre transmission d’information sur la sexualité si on est chamboulé affectivement.

Enfin, l’école a un regard très large sur l’éducation à la sexualité. Le parent, lui, va témoigner de valeurs sexuelles par ce qu’il est. Il va transmettre des valeurs sur l’amour, l’engagement. Mais l’éducation sexuelle, c’est aussi une éducation aux rapports non sexistes, à l’homosexualité, c’est une manière de développer la fierté d’être un garçon, une fille, d’expliquer la notion de consentement, évoquée plus tôt. C’est très large, et surtout, ça va au-delà de l’anatomie.

Quels sont les grands axes de ce que devrait couvrir l’éducation à la sexualité?

D’abord, livrer une information juste, limpide, et scientifique. Certains parents s’inquiètent qu’on y parle d’homosexualité. Sauf que c’est un fait. Ça existe. C’est une information scientifique, objective. Ils ne devraient pas s’inquiéter : l’école n’est pas là pour promouvoir, mais pour informer.

Ensuite, il y a la transmission de valeurs. Comment peut-on faire cela sans heurter les sensibilités des différentes minorités religieuses et culturelles? En transmettant des valeurs humanistes. C’est-à-dire ce qui prime dans nos sociétés : l’égalité, le consentement, le respect.

L’objectif de ce cours, c’est d’être fier de ce qu’on est, d’être capable de s’assumer, de respecter et de se faire respecter. Ce n’est pas de savoir ce que sont les ITSS; ça, c’est un moyen. Si je suis bien informé, au bout du compte, je serai mieux dans ma peau.

Mais si on parle d’ITSS, il faut aussi dire qu’il existe un coût social à l’ignorance en matière de sexualité.

Absolument! Il y a un coût humain, personnel : on se fera beaucoup plus blesser si on est ignorant, et on risque de se retrouver dans des situations bouleversantes, parfois même dramatiques. On ne devrait pas évacuer cette question du coût social non plus, parce qu’elle fait partie du problème. Des grossesses non désirées, des ITSS, des gens «fuckés» par des événements troublants : c’est le système de santé, entre autres, qui absorbe le coût de cette ignorance.

Vous le mentionnez souvent : il y a plusieurs aspects de la sexualité qui sont encore difficiles à aborder. Comme le plaisir. Vos livres d’éducation à la sexualité sont de nouveau réédités cet automne. Ça aussi, ça démontre qu’il y a un besoin d’éducation, non?

Sans doute. C’est un précédent au Québec : jamais une collection n’a été rééditée régulièrement pendant 30 ans. Le fond demeure le même, car le développement psychosexuel des enfants, selon l’âge, n’a pas changé. Mais on a révisé le contenu : on évoque des choses qui n’existaient pas autrefois, comme tout ce qui a trait aux technologies contemporaines. Et aujourd’hui, à 9 ans, presque tous les enfants ont été en contact avec la porno. Il faut donc expliquer ce que c’est, proposer des solutions de rechange, développer leur sens critique. Il faut qu’ils sachent que ce qu’ils voient n’est pas vrai, que c’est un marché.

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca