Pourquoi les enfants et les ados sont-ils si anxieux?

L’anxiété chez les enfants et les adolescents est en voie de devenir l’un des principaux fléaux de la santé mentale. Elle affecte la vie familiale, l’école et le système de santé. Mais pourquoi nos jeunes sont-ils si anxieux?

Beaucoup de travail a été fait pour que la dépression soit enfin reconnue comme une maladie. Campagnes de sensibilisation et publicités-chocs sont lentement parvenues à la faire entrer dans les bonnes grâces d’une population qui voit trop souvent le trouble psychologique comme un signe de faiblesse, ou pire, de la paresse.

Maintenant, c’est au tour de l’anxiété de prendre le haut du pavé des problèmes de santé mentale. Aux États-Unis, on considère qu’elle affecte un tiers des individus. Y compris les enfants et les adolescents, qui en souffrent énormément. Et ce n’est qu’un début.

La défense passe à l’attaque

Les troubles anxieux peuvent être vus comme un mécanisme de défense qui se retourne contre soi.

À la base, l’anxiété sert à aiguiser notre conscience afin que l’on reconnaisse le danger. Dans la nature, c’est elle qui nous permettait d’apprendre à déceler les contextes potentiellement funestes. Le schéma se recrée dans la civilisation, où la circulation automobile, par exemple, peut avoir remplacé, pour le piéton, la présence probable d’un prédateur. Ses sens s’affûtent, le stress augmente, ce qui lui confère la capacité d’anticiper le pire, très rapidement, et de l’éviter.

L’ennui avec les troubles anxieux, c’est qu’ils reproduisent ces réactions, mais dans des situations où le danger est parfois minime, voire inexistant.

Ce n’est pas toujours le cas, cela dit : les jeunes issus de familles dysfonctionnelles, qui ont grandi dans des environnements pauvres et violents, développent des troubles d’anxiété majeurs, en raison d’une sorte de conditionnement.

Mais chez les enfants et les adolescents provenant de milieux nantis, le problème semble désormais aussi grave, la souffrance bien réelle, et l’impact sur les écoles comme sur le système de santé, de plus en plus important.

Le miroir déformant

Pourquoi les jeunes de milieux aisés sont-ils si anxieux?

D’abord parce qu’ils sont obsédés par la performance. On a longtemps blâmé les parents hélicoptères pour cette attitude, mais il semble que les nouvelles cohortes d’adolescents ont désormais intégré cette volonté de perfection qui les rend malades.

Ensuite, ils sont de plus en plus affectés par le climat social et médiatique. Chaque jour, comme les adultes, ils sont bombardés de nouvelles cauchemardesques. Entre le terrorisme, les crises économiques et les changements climatiques, l’avenir n’est pas particulièrement reluisant. Mais c’est le futur rapproché qui les effraie le plus : sortir au cinéma est-il sécuritaire? Voyager dans les Caraïbes comporte-t-il un risque d’être pris dans un ouragan? La Corée du Nord nous menace-t-elle d’une attaque nucléaire?

Et finalement, au sommet trône l’anxiété sociale, abondamment exacerbée par les réseaux sociaux.

Ce qu’on comprend de mieux en mieux, c’est que l’image renvoyée par les réseaux sociaux fausse à ce point le jugement que les enfants et les adolescents ont d’eux-mêmes qu’ils en viennent à se percevoir de manière complètement erronée. Comme s’ils concluaient que leur reflet, dans un miroir déformant, était conforme à la réalité.

Lynn Lyons, psychothérapeute, auteure et conférencière, considère que l’anxiété agit comme un gourou qui parvient à remodeler l’image que se font les jeunes d’eux-mêmes. Il faut donc les déprogrammer, comme les victimes d’une secte.

Ce qui n’est pas une mince affaire, et réclame l’implication des parents, de l’école et de thérapeutes.

Soigner l’anxiété des jeunes : la croisée des chemins

Nous abordions récemment le sujet de la santé mentale des étudiants universitaires. L’un des enjeux des institutions est de fournir à une nouvelle clientèle, incapable de subir le stress ou l’environnement classique des études supérieures, des moyens de suivre ses cours et de passer ses examens.

Ainsi, plusieurs se voient offrir des salles de classe pour être évalués en solitaire, par exemple, puisqu’ils étaient submergés par un inconfort paralysant lorsqu’ils étaient entourés de leurs pairs.

Les écoles adoptent de plus en plus de techniques semblables, afin d’accommoder les plus sensibles des élèves. Mais c’est une méthode qui ne fait pas l’unanimité chez les professionnels de la santé mentale. Comme les médicaments (tels que le Prozac) ne sont pas non plus, pour plusieurs, une panacée.

Simplement parce que l’évitement ne peut pas constituer une solution permanente. Et qu’il faudra bien trouver des moyens, pour ces jeunes, d’apprendre à exprimer leurs angoisses, à cesser de s’inquiéter de tout ce qui pourrait affecter leur avenir proche, et surtout à vivre avec le fait qu’ils ne peuvent pas tout contrôler.

En attendant, les écoles dépourvues de services adéquats et un système de santé où la psychothérapie est trop difficilement accessible (à moins de payer, au privé) font comme ils peuvent.

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