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Faits alternatifs et santé (1): vérités, inconséquences

Les faits alternatifs en santé ont trouvé un amplificateur inespéré dans les réseaux sociaux et les espaces publicitaires d’Internet.

Sujets de prédilection pour les pièges à clics (clickbaits), tout de suite après le sexe, les méfaits du Nutella, des vaccins, de la crème solaire ou de la consommation de bananes trouvent refuge un peu partout dans nos pages numériques, générant une quantité phénoménale de clics. Mais aussi de désinformation.

«Les faits alternatifs en santé ont toujours existé», souligne cependant Valérie Borde, journaliste dont le blogue au magazine L’actualité est en partie consacré à réfuter les fausses rumeurs scientifiques. Charlatans nouvel âge, inventeurs de régimes amaigrissants en tous genres et autres «docteurs guéritout» font partie de notre quotidien depuis la nuit des temps.

Mais comme ils ont toujours tablé sur l’ignorance, et donc le manque d’éducation des citoyens, on s’attendait à ce que la démocratisation de l’enseignement nous place à l’abri des profiteurs.

C’était sans compter sur certains traits de caractère humains. Mais aussi sur un autre contexte social et communicationnel, propice au développement d’une méfiance qui verse parfois dans le refus des évidences scientifiques, jusqu’à mettre la santé des individus en danger.

Nous aimons les faits alternatifs

La science a démontré que nous préférons un mensonge qui correspond à nos valeurs ou à nos attentes à une vérité qui ébranle nos certitudes.

Ce n’est pas entièrement surprenant. Nous sommes souvent guidés par nos émotions, mais la recherche en psychologie désigne comme biais cognitif le principe par lequel nous préférons un raccourci qui nous conforte dans nos positions. Plus précisément, dans le cas de l’information, le phénomène se nomme biais de confirmation, et il consiste à ne conserver que les données qui accréditent nos croyances, peu importe leur provenance.

Ce qui nous amène à l’autre problème : le mépris total de la provenance des sources, ou alors la méfiance grandissante envers les outils d’information traditionnels, comme les magazines ou les journaux établis.

Dans le premier cas, on considère une nouvelle comme étant fiable si elle en a l’apparence et est écrite convenablement. En particulier si elle est partagée par notre entourage. Dans le second cas, la détestation des organes de presse en pousse plusieurs à épouser les thèses fumeuses de n’importe quel média alternatif, sous prétexte qu’il n’appartient pas à un conglomérat dont on peut douter des intentions commerciales.

 

La faillite du système de santé

Mais au bout du compte, notre propension à aimer et partager des «articles» qui propagent une information sans fondement relève aussi beaucoup du désir de contourner un système de santé qui semble avoir largué le citoyen moyen.

«Je comprends totalement pourquoi les gens se lancent à gauche et à droite pour trouver de l’information en santé, dit Olivier Bernard, alias Le Pharmachien. Le système de santé est en partie coupable : n’importe qui ayant déjà été malade peut témoigner que c’est une expérience exécrable, où règnent trop souvent le manque d’écoute et l’absence d’empathie. Si les gens se fient à du monde qui ne mérite pas leur confiance, c’est en partie notre faute à nous, les professionnels de la santé.»

Les racines de la méfiance

Ajoutez à cela les histoires d’horreur réelles où l’industrie s’allie aux experts pour mieux mentir à la population. Les cas du tabac et du sucre en sont de bons exemples. «La méfiance envers les grandes entreprises est totalement justifiée», affirme Olivier Bernard.

L’ennui, dit Valérie Borde, c’est que ce doute sain verse parfois dans le dénigrement général de toute source d’information officielle. «Comme humains, on est mal à l’aise avec le doute, et surtout avec le risque. On veut des certitudes. La lame de fond qui explique l’élection de Donald Trump, c’est la même que celle qui explique la force des faits alternatifs», explique-t-elle.

Nous sommes devant des tonnes d’informations. Dans un quotidien déjà surchargé, on nous demande de faire le tri, de vérifier les sources, de comprendre le fonctionnement des études scientifiques.

Mais au fond, nous préférons l’anecdote révélatrice à une étude plus vaste. C’est un fait palpable, même s’il n’a aucun fondement scientifique. Et c’est là que les réseaux sociaux, et la confiance que nous avons envers nos proches qui y évoluent, viennent alimenter la force des faits alternatifs.

Les experts nous ont menti. Les médecins ne nous écoutent pas et nous parlent de haut. L’industrie cherche à faire de l’argent sur notre dos. Alors pourquoi ne pas croire la belle-sœur qui prétend que le Nutella donne le cancer? Après tout, elle au moins a notre santé à cœur….

Les conséquences sur la santé

Il n’en demeure pas moins que les faits alternatifs peuvent avoir des conséquences très néfastes sur la santé.

Le mouvement anti-vaccination est en bonne partie responsable du retour de maladies que l’on croyait éradiquées, par exemple. De même, le délire paranoïaque entourant le Zika aurait considérablement nui au combat contre le virus, qui aurait pu être maîtrisé plus rapidement.

Des gens refusent des traitements éprouvés, proposés par leur médecin, leur préférant les jus verts, la salade de kale et le curcuma.

D’autres encore croient que cesser de manger des bananes suffira pour les faire maigrir, et se gavent en revanche de chips, ce qui provoque, de régime en régime, des problèmes de santé générale, mais aussi de la détresse psychologique.

D’où l’importance de lutter contre les faits alternatifs, ce qui constituera le sujet de notre prochain texte.

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca