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Faits alternatifs et santé (2): le combat pour la vérité

Les faits alternatifs mettent en péril la santé. D’abord celle des démocraties. Mais aussi celle des individus. Certains tentent de se battre contre les fausses informations qui circulent sur Internet. Une guerre qui est loin d’être gagnée, mais qui recèle aussi une bonne nouvelle : jamais ne s’est-on autant informé à propos de notre santé.

Quand Olivier Bernard est sorti de l’université pour amorcer sa pratique de la pharmacie, il a subi un véritable choc. «Je ne pensais pas qu’il y avait autant de gens qui croyaient à autant de faussetés», raconte-t-il.

Se sentant incapable de juguler le problème en rencontrant les individus un à un, il lance son blogue illustré, intitulé Le Pharmachien, dans lequel il s’amuse à déconstruire, souvent de manière assez irrévérencieuse, les nombreuses fantaisies qui circulent en ligne à propos de la santé et des soins qui s’y rattachent.

Il faut croire qu’il touche une corde sensible. Conspué par ceux dont il démonte les arguments, il est aussi célébré dans plusieurs milieux. Ses billets de blogue l’ont mené à la publication de livres, et à la production d’une émission de télé. Preuve de la nécessité de transmettre une information de qualité.

Changer de maître

La journaliste scientifique Valérie Borde fait œuvre semblable à L’actualité. Dans son blogue, elle doit souvent commenter une actualité aux prises avec des crises de foi envers la science, ou alors avec des moments de paranoïa collective concernant un produit, une pratique.

«Avant, dit-elle, le médecin avait toujours raison, on ne se posait pas de questions et on suivait ses conseils. Désormais, les gens vont sur Internet, et croient qu’eux ont raison. Ce n’est pas une mauvaise chose, évidemment. Pouvoir s’informer, prendre une décision éclairée, c’est une avancée extraordinaire. L’ennui, c’est qu’on a finalement plutôt envie de se faire dire quoi faire.»

Ce que ça signifie? Qu’étant donné le désaveu que subissent les professionnels de la santé et les entreprises pharmaceutiques, on s’est tourné vers certains de leurs détracteurs, et qu’on boit leurs recommandations comme du petit-lait.

«Je comprends totalement les gens d’avoir perdu confiance, dit Olivier Bernard. La méfiance envers les grandes entreprises est totalement justifiée. Et c’est vraiment génial que les gens puissent chercher de l’information par eux-mêmes en ligne. Le problème, c’est que souvent, ils ne cherchent pas réellement.»

Et ce sont les réseaux sociaux qui ont changé la donne. La confiance qu’on vouait au médecin s’est déplacée vers le réseau d’amis et de connaissances. «On reçoit de l’information par Facebook, ça vient d’un ami, alors on y croit», résume l’alter ego du Pharmachien.

De la même manière que l’internaute confond le site de nouvelles satiriques avec celui qui abrite des nouvelles provenant d’un organe de presse fiable, le lectorat pressé, gavé de contenus, ne prend pas toujours le temps de vérifier la validité de ses sources.

C’est ainsi que de nombreuses fausses croyances font leur chemin dans la conscience collective.

Tout ne va pas toujours mal

Conscients que les dangers liés à ces dérives médiatiques sont bien concrets, nos deux pourfendeurs de gourous et de pollinisateurs d’information douteuse ne se font pas d’illusions.

«Je sais qu’on me reproche parfois d’être trop baveux, convient Olivier Bernard, mais en même temps, je sais qu’il y a du monde que je n’arriverai jamais à convaincre. Ceux qui croient dur comme fer que tout le système conspire contre eux, je ne peux rien faire pour eux. Mais ceux qui doutent, qui se posent des questions, ils ne sont pas insultés par mon attitude. Simplement parce que leur idée n’est pas toute faite.»

Valérie Borde est plus posée dans son approche, mais ne se fait pas plus d’illusions. «On ne changera pas tout le monde. Comme humains, on est généralement très mal à l’aise avec le doute, on comprend souvent mal les études qui nous sont présentées, et on cherche le plus souvent à valider des croyances qu’on a déjà», expose-t-elle.

Ce qu’il leur reste à faire? S’imposer comme sources d’information fiable. Continuer le travail de vulgarisation à l’endroit de ceux qui doutent sainement. Rappeler le fonctionnement de la science. Et tenter, le plus possible, de ne pas trop dénigrer.

«Tsé, ça se peut que le curcuma aide à guérir du cancer, laisse tomber Olivier Bernard. Le problème, c’est qu’il n’existe pas assez d’études pour qu’on sache si ça fonctionne ou pas.»

«On est beaucoup dans l’anecdote, ajoute Valérie Borde. On se fie à une histoire, ou à quelques histoires entendues ici et là, et on en fait quelque chose de plus large, de général.»

Leur travail, donc : ramener un peu de réalité dans notre rapport très émotif à la santé.

«Le problème, soumet la journaliste scientifique, c’est que le plus souvent, la vérité est assez ennuyeuse, complexe, incomplète…» Loin des certitudes dans lesquelles les gourous nous permettent de nous réfugier.

«Reste qu’il faut voir l’abondance d’information comme une bonne chose», tranche Olivier Bernard.

Valérie Borde conclut : «De plus en plus, on voit des gens bien informés qui prennent des décisions partagées avec leur médecin, en toute connaissance de cause; les choses changent aussi pour le mieux.»

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca