pexels-photo-260447

Faits alternatifs et santé (4): guide d’autodéfense

Votre fil de nouvelles déborde d’informations sur la santé. Certaines ont l’air fiables, mais comment départager le vrai du faux, l’anecdotique du scientifique? Déjà, en suivant ces quelques étapes, vous pourrez opérer un premier tri rapidement.

Qui partage?

Votre amie du secondaire dont vous avez accepté la demande d’amitié sur Facebook par automatisme vient tout juste de publier une nouvelle à propos des dangers liés à la vaccination des enfants.

La question vous inquiète, alors vous vous apprêtez à lire l’article qu’elle a partagé et qui apparaît dans votre fil d’actualités. Mais vous vous souvenez qu’au cours du dernier mois, elle a aussi proposé des textes qui prétendent qu’Emmanuel Macron est contrôlé par les extraterrestres, que des avions répandent dans le ciel des produits chimiques pour nous asservir, que les humains ne sont jamais allés sur la Lune et qu’Elvis est bien vivant.

Ne perdez pas une seconde de votre temps avec les contenus que partage votre amie, les étapes suivantes risquent d’être trop frustrantes.

D’où ça vient?

Quel est le nom du média qui publie la nouvelle? Que mentionne sa page «À propos» sur Facebook? Qu’en dit Wikipédia (qui est généralement une source fiable)? Quelle est sa réputation dans le milieu de la santé?

Si vous ne trouvez rien, c’est louche. Si le média existe depuis six mois et qu’il est opéré depuis un sous-sol de Lausanne, c’est louche aussi. S’il est souvent cité comme une source peu fiable, c’est qu’il n’est pas fiable.

Cela dit, les blogues et sites de nouvelles alternatifs ne publient pas que des histoires mensongères, mais ils ne sont pas tenus à la même rigueur journalistique que les sources établies. Ces dernières, si elles divulguent de l’information erronée, doivent en subir les conséquences.

Elles ont aussi une méthode de recherche, un code d’éthique.

Cela ne les rend toutefois pas imperméables aux dérives. Les médias établis publient souvent des résultats d’études incomplets, ou donnent un micro à des pseudo-scientifiques. Donc, même si le média duquel provient votre nouvelle est établi et généralement fiable, passez à l’étape suivante.

Qui parle?

Le Dr Machin vous prévient : les micro-ondes font fondre le cerveau. Avant de paniquer, vérifiez qui est le Dr Machin.

Tiens donc, son nom n’apparaît nulle part dans les recherches sur les effets des ondes et des radiations. En fait, il n’apparaît que sur des sites aux noms étranges, des messages Reddit et autres publications douteuses. Vous découvrez ensuite qu’il est en réalité docteur en littérature comparée.

N’allez pas plus loin. Votre temps est trop précieux.

Quel est le ton?

Panique! Conspiration! Abus de points d’exclamation!!! Le langage scientifique fiable est tout sauf alarmiste. Au contraire, comme le dit la journaliste spécialisée Valérie Borde : il est même un peu plate.

Et c’est normal : le principe de la science, c’est de trouver quelque chose de nouveau, tout en sachant que notre découverte pourrait être invalidée un jour. Bref, on se garde une petite gêne, on mesure, contre-mesure. C’est le festival de la nuance.

Les grandes certitudes, ce n’est pas trop le genre de la maison, donc. Si on vous affirme sans l’ombre d’un doute que le kombucha – par ailleurs excellent – vous sauvera du cancer ou que la crème solaire vous y condamne, prenez cette information avec un grain de sel. Il se peut que des études penchent en ce sens, ce qui ne veut pas dire que les faits sont avérés, hors de tout doute.

Quelles sont les références?

L’article vous renvoie à une étude scientifique? C’est bien. Mais toutes les études ne sont pas égales. Et c’est drôlement compliqué de s’y retrouver.

Mais regardez qui publie l’étude. De qui elle vient. Quel est le nombre de personnes qui y ont participé. S’agissait-il d’une étude clinique, ou simplement de questionnaires?

Le Dr André Marette nous explique ici comment fonctionnent les études scientifiques, et auxquelles on peut se fier.

En est-il question ailleurs?

Lorsque vous googlez le sujet, que voyez-vous apparaître? Les sites de santé fiables en parlent-ils? La réponse à vos questions s’y trouve probablement, puisqu’un nombre grandissant de médias s’adonnent à la vérification de faits, soient-ils d’actualité ou liés à la science.

Enfin, même s’ils accusent parfois un certain retard sur les plus récentes découvertes, les sites gouvernementaux en santé sont des sources plutôt fiables d’information. Et ils sont faciles à trouver.

David Desjardins Autres articles

David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca