Guide alimentaire : une mise à jour réclamée

Le récent dépôt d’un rapport sénatorial sur l’obésité au Canada fait grand bruit. Surtout parce que le document suggère de modifier le Guide alimentaire canadien, qui aurait bien besoin d’une mise à jour sur la forme et le fond. Entrevue avec un nutritionniste qui abonde dans le même sens.

Les coûts de l’obésité sont effarants. Diabète de type 2, maladies cardiaques, perte de productivité… Selon un rapport sénatorial, ce problème de santé publique coûterait à lui seul la bagatelle de 7 milliards de dollars par année au Canada.

Aussi, parmi les mesures proposées dans le document, outre la taxation des boissons gazeuses et plusieurs mesures préventives, on suggère de modifier ce qui constitue depuis des lustres l’étalon du «bien manger» : le Guide alimentaire canadien.

Si l’industrie agroalimentaire n’est pas enchantée, d’autres applaudissent.

Toutes choses n’étant pas égales

Sur son blogue Le nutritionniste urbain, Bernard Lavallée est catégorique : «Modifiez le Guide alimentaire canadienRIGHT NOW!» y écrit-il.

Plusieurs motifs le poussent, comme les auteurs du rapport, à réclamer une révision de fond de ce qu’on a longtemps considéré comme la bible de l’alimentation. À commencer par une trop rare remise en question de son contenu : la version actuelle a 10 ans. Et comme le suggère le comité sénatorial, il faudrait que ce document soit révisé afin d’être en phase avec la science actuelle. Selon plusieurs experts, dont M. Lavallée, ce n’est pas le cas.

Ce qui ennuie le plus le nutritionniste, ce sont les concepts de portions et de substitution sur lesquels repose cet ouvrage de référence. «Le Guide est séparé en groupes d’aliments, explique-t-il lorsque nous le joignons pour en discuter. Et là-dedans, on nous dit que, techniquement, à l’intérieur d’un groupe, les aliments peuvent être remplacés par plus ou moins n’importe quel autre. On ne fait jamais mention du degré de transformation. Or, une orange, c’est plus nutritif qu’un jus d’orange. De la même manière, les viandes ne sont pas toutes égales : une poitrine de poulet n’équivaut pas à du bacon ou du jambon.»

Ainsi, dans le Guide, les légumineuses et une boulette de steak haché d’un fast-food sont considérées sur un pied d’égalité. «Et c’est ce qui permet non seulement aux restaurants, mais aussi aux fabricants de mets préparés pour les épiceries de proposer des plats riches en gras et en sucre et pauvres en nutriments, mais qui peuvent être désignés comme étant équilibrés parce qu’ils sont conformes au Guide actuel.»

Faire comme au Brésil

Parmi les mesures proposées par le comité sénatorial, on suggère de confier la conception du Guide à des experts, et seulement des experts. Fini le temps où l’industrie agroalimentaire pouvait venir influer sur la teneur du document. «On ne peut pas reprocher à ses représentants de défendre leurs intérêts, c’est tout à fait normal, expose M. Lavallée. Mais ils n’ont pas leur place au sein de comités qui font des recommandations en matière d’alimentation.»

Exit l’industrie, donc. Mais qu’est-ce qui cloche dans le Guide actuel et qui devrait être modifié?

Son esprit. D’où la fascination qu’exerce depuis un moment le Guide alimentaire brésilien, qui change radicalement la vision de la nutrition pour en faire une sorte de guide du mieux-vivre général.

«Il tient explicitement compte de la transformation des aliments, il n’y a pas de concept de portions… En fait, ce sont des conseils concrets qu’on donne à la population, surtout sur l’acte de manger.» Ce guide propose de prendre du temps pour faire à manger soi-même et pour s’asseoir en famille et entre amis pour déguster ses repas, suggère d’éviter la restauration rapide, d’utiliser des aliments non transformés… Du coup, l’acte de manger redevient social, et un moment antistress, en marge de la folie du quotidien. Sans oublier que la préparation des repas force la conscientisation quant à leur teneur nutritive.

Une révolution déjà en marche chez les nutritionnistes, qui tiennent ce genre de discours depuis un moment. D’où leur enthousiasme. Et peut-être la nécessité d’ajuster notre Guide pour que tout le monde soit au diapason.

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