Inutiles, les examens médicaux annuels ?

En avril 2015, le ministre de la santé était sans appel : les examens annuels seraient inutiles pour les gens en santé.

Une affirmation qui s’appuie sur une étude du British Medical Journal, qui a démontré que cette pratique vieille de 80 ans n’a aucune incidence sur la mortalité.

Mais il est important d’apporter quelques nuances, précisent plusieurs médecins de famille. Car encore faut-il s’assurer d’être en santé pour se priver d’examens.

« Il y a beaucoup de gens qui se croient en pleine forme, mais qui ne le sont pas », expose Nathalie Gosselin, omnipraticienne au sein d’un groupe de médecine familiale à Jonquière depuis 17 ans.

Selon elle, le ministre a raison dans la mesure où, pour certaines personnes, le suivi annuel n’est pas nécessaire. Mais un premier examen doit cependant déterminer l’état de santé du patient. « À partir de 40 ans, les hommes et les femmes devraient voir leur médecin une première fois, et selon l’historique familial, les habitudes de vie et les données recueillies, le médecin pourra décider de la fréquence nécessaire pour programmer les prochains examens. »

La docteur Gosselin raconte des cas diabète insoupçonnés ou de cholestérolémie inquiétante chez des patients dont on n’aurait pas douté de la parfaite forme à les voir.

« Ensuite, si on fait un test de glycémie, de cholestérol, que le patient ne fume pas, a un partenaire sexuel stable, effectivement, on pourra se contenter de le revoir aux deux ou trois ans. »

L’importance de la nuance

Le médecin précise que la critique qui remet en cause certains dogmes établis fait déjà son chemin chez les médecins. Mais qu’il est important de laisser aux professionnels de la santé le soin d’exercer leur jugement afin de mieux suivre les patients, puisqu’ils sont impossibles à ranger dans de petites cases, avec une méthode unique pour tous.

« Par exemple, le collège des médecins recommande de vérifier le diabète aux trois ans, mais s’il y en a dans la famille, que la personne est obèse, ou qu’elle a fait du diabète de grossesse, il faut être plus scrupuleux, parce qu’une intolérance au glucose (prémisse du diabète) détectée tôt peut permettre de ralentir la progression de la maladie, voire de la stopper. »

« De la même manière, une femme qui a le même partenaire depuis 25 ans, je vais me contenter de l’examiner aux trois ans, mais une fille de 30 ans qui a cinq chums par année, ne met pas toujours de condoms, ce n’est pas la même chose. »

En fait, Nathalie Gosselin semble croire que les gens attendent généralement trop tard et trop longtemps avant de voir leur médecin, et que « prévenir, c’est mois coûteux pour le système que de soigner ».

 

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