L’anxiété selon le sexe

Valentina Munoz a fait l’analyse des angoisses au masculin et au féminin. Ce que son expérience et les études lui ont appris, c’est qu’autant les sources de notre anxiété que les manières de nous en défaire diffèrent selon le sexe.

Psychologue clinicienne à Montréal, madame Munoz s’intéresse à la manière dont les femmes gèrent l’angoisse. « C’est beaucoup parce que les femmes ont deux fois plus de chances de déclarer qu’elles souffrent d’anxiété que les hommes », expose-t-elle, signifiant du coup qu’un plus grand bassin de sujets permet d’en connaître plus long sur ce qui pèse sur la conscience de celles qui sont détentrices du double chromosome x.

« C’est une population qui a tendance à s’inquiéter, poursuit-elle. Et d’une variété de choses, allant des finances personnelles, à tout ce qui touche la famille, les amis, leur couple, le travail. Elles sont plus sensibles aux émotions, en partie à cause des hormones, mais aussi à cause de la manière dont on socialise les femmes différemment des hommes. »

Par exemple ? « Les femmes ont plus de difficulté à s’attribuer la responsabilité de leur succès, elles souffrent plus souvent du syndrome de l’imposteur. »

La psychologue se défend bien de minimiser la détresse des hommes. « Ils ont d’ailleurs plus de problèmes de consommation d’alcool et de drogues que les femmes », ce qui est souvent du à un certain évitement. « Les hommes ne sont pas nécessairement moins anxieux, mais ils ont plus de difficulté à en parler. Pour certains, c’est comme si ça attaquait leur virilité. Et peut-être que le fait qu’ils en parlent moins fausse les statistiques, et qu’on croit que les femmes souffrent plus d’anxiété simplement parce qu’elles sont plus enclines à se livrer », concède madame Munoz.

Ce que font les femmes

Que nous disent les études et l’expérience sur la manière dont les femmes gèrent l’anxiété ?

D’abord, qu’elles sont plus proactives dans leur tentative de s’en sortir. « Elles achètent des livres, consultent, font des recherches spirituelles », détaille la psy.

Les femmes sont aussi plus conscientes que le stress en général a un impact négatif sur leur santé.

Et ces effets sont documentés, allant de l’hypertension aux troubles de la fertilité. « Pourtant, les hommes ont plus tendance à minimiser les effets du stress à long terme que provoque l’angoisse. »

Mais si elles sont plus à l’écoute de leurs sentiments, les femmes en sont parfois aussi les victimes. La fabrication de scénarios catastrophes afin de se préparer au pire et le constant besoin d’être validées dans leurs démarches et décisions étant, selon la psychologue, des sources non pas exclusives, mais tout de même typiques de l’anxiété féminine.

Ce qui n’est pas non plus étranger avec le fait que l’anxiété est souvent une affaire de famille… Et qu’il est depuis longtemps vu comme une chose positive pour les femmes de s’inquiéter.

« L’inquiétude, c’est le voisin de l’anxiété », résume Valentina Munoz, qui croit qu’il faut éviter ces attitudes qui sont contreproductives, et ne préparent en rien à des situations graves. « Lorsque je demande à mes patients ce qu’ils ont fait lors de réelles situations inattendues, comme le décès d’un proche, ou une crevaison, la vaste majorité a réagi normalement. Il ne leur aurait servi à rien de s’inquiéter d’avance, ils ont fait ce qu’ils devaient même s’ils n’avaient pas pu s’y préparer ».

Mieux vaut attendre d’arriver à la rivière pour la traverser? « Exactement! »

 

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