L’autocompassion pour vaincre l’anxiété

Depuis quelques années, les demandes d’aide psychologique augmentent considérablement chez les étudiants.

C’est un sujet que nous avons abordé précédemment, ne sachant avec certitude si cette hausse est due à la sensibilisation faite auprès des étudiants afin qu’ils réclament de l’aide, ou si c’est la détresse qui croît dans cette population.

Aux États-Unis, toutefois, les chiffres parlent haut et fort : le nombre de jeunes femmes qui présentent des symptômes dépressifs a augmenté de 50 % entre 2012 et 2015. Et plus généralement, l’anxiété de performance est à la fois considérée comme une source de motivation et un immense poids à porter chez les étudiants.

«On constate le même phénomène au Québec, affirme Frédérick Dionne, psychologue à la Clinique Alinéa. Les étudiants sont souvent très exigeants envers eux-mêmes, et c’est vrai que ça peut constituer un moteur de réussite, mais c’est une lame à double tranchant qui mène à un discours parfois très négatif sur soi.»

Même chose dans le reste de la population, croit-il. L’anxiété de performance et l’autoflagellation sont en vogue par les temps qui courent.

L’estime de soi : un concept trop fragile

«L’erreur, croit le psychologue, c’est que pendant trop longtemps, on a mis l’accent sur l’estime de soi chez les jeunes. Or, c’est fragile, l’estime de soi, et c’est nécessairement tributaire de facteurs externes : nos réussites et nos échecs. Dans la vie, parfois, on doit faire face à beaucoup d’échecs, et maintenir l’estime de soi dans ces conditions peut être difficile.» Simplement parce qu’il n’y a rien de positif pour faire contrepoids, dans ces moments.

C’est aussi, ajoute-t-il, une idée très narcissique, qui nous fait nous replier sur nous-mêmes, dans les bons comme les mauvais moments.

Arrive en scène la compassion pour soi, ou autocompassion. Mis de l’avant par l’Américaine Kristin Neff (doctorante en psychologie et professeure à l’Université du Texas à Austin), le concept issu de la tradition bouddhiste promeut l’idée de faire preuve d’indulgence envers soi comme on le ferait avec un ami.

Qu’est-ce que la compassion pour soi?

En gros, l’idée est de retourner le discours négatif comme un gant et de se connecter au monde plutôt que de cultiver nos ruminations négatives.

Frédérick Dionne expose les trois pivots de la compassion pour soi :

«D’abord, il s’agit d’être bienveillant envers soi-même, d’être compréhensif. Ça veut dire de cesser de tenir un discours négatif envers soi, du genre : “T’es pas bon”, etc. »

«Il faut ensuite reconnaître que la souffrance fait partie de la vie, poursuit-il, et que nous sommes des humains comme les autres, que nous ne sommes pas seuls à commettre des erreurs ou à connaître des difficultés. Il s’agit de se connecter au monde plutôt que de nous refermer sur nous-mêmes.»

«Enfin, il faut faire preuve de pleine conscience, c’est-à-dire prendre connaissance de notre discours intérieur, s’apercevoir s’il est très critique.»

Et apparemment, ça fonctionne : on réduit le stress, l’anxiété diminue et la détresse psychologique aussi, comme l’a montré une méta-analyse scientifique sur la question en 2017. Sans nuire à la performance, au contraire. On peut être empathique, gentil, et quand même réussir.

 

Dans un prochain article, nous explorerons comment amorcer une démarche d’autocompassion, pourquoi cela peut servir autant aux adultes qu’aux jeunes, et comment utiliser le désir de performer sans sombrer dans le négativisme.

 

La Clinique Alinéa offre des ateliers comme celui-ci pour apprendre à développer la bienveillance envers soi, à un tarif vraiment dérisoire.

 

 

 

 

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