Le coeur dans son assiette

Rien n’est écrit. Le patient cardiaque a le pouvoir de changer son destin.

C’est beaucoup ce qu’on retient du discours de Martin Juneau. C’est aussi ce qui transpire de son ouvrage, Un cœur pour la vie.

Outil essentiel pour bien comprendre les différentes fonctions du cœur et comment la maladie peut l’affecter, modifiant à son tour notre qualité de vie, ce livre est celui d’un chercheur qui a trouvé une source d’espoir pour les patients atteints de maladie cardiaque.

Et cet espoir ne réside pas que dans les miracles de la médecine, mais aussi dans la prévention par l’adoption de pratiques qui, si elles chamboulent parfois le quotidien auquel on est habitué, procurent de longues et belles années de vie à ceux qui les choisissent.

Une vie nouvelle

Depuis le temps qu’on nous le dit : tout ce qu’on fait de nos vies influence notre santé.

Et ça commence dans l’assiette, que nous avons depuis longtemps livrée aux aliments transformés et à une industrie alimentaire qui abuse trop souvent de gras saturés et de sucres. Ajoutez à cela un mode de vie de plus en plus sédentaire, et vous obtenez la recette pour atteindre la situation mondiale actuelle : une épidémie d’obésité, de diabète de type 2 et de maladies cardiaques.

À l’envers d’un univers médical qui repose sur les miracles de la pharmacologie, le Dr Juneau prône, études à l’appui, un changement des habitudes de vie afin de retrouver la santé. Pour vivre longtemps, et bien.

Cette vie nouvelle qui est offerte, il faudra donc faire des efforts pour l’obtenir.

Cesser de fumer. Faire de l’exercice tous les jours. Modifier son alimentation pour adopter la diète méditerranéenne. C’est-à-dire à base de plantes (fruits, légumes), de grains entiers, et où la viande est consommée en petite quantité, surtout si elle est rouge.

Vous avez peur de vous ennuyer?

«Mes patients ne trouvent pas ça plate du tout, rassure le cardiologue. En fait, c’est le contraire : ils me disent tous qu’ils ne se sont jamais sentis aussi bien, que le régime méditerranéen est délicieux, et leur convient parfaitement.»

Et puis ce n’est pas si mal : vous pourrez toujours prendre un p’tit verre de vin au souper, puisque c’est le médecin qui vous le recommande. Il vient d’ailleurs de publier un excellent texte sur le sujet sur le blogue de l’Institut de cardiologie de Montréal.

Maintenant, si se sentir mieux dans sa peau est vraiment formidable, ce n’est pas tout. Chez ceux qui ont souffert d’un premier épisode cardiaque, le changement de la diète à lui seul réduit les chances de récidive de 72 %. «Imaginez quand on y ajoute l’exercice physique», poursuit le médecin.

Et il ne s’agit pas uniquement d’ajouter des années à sa vie, poursuit-il, mais d’en améliorer la qualité. Comme il le soulignait dans un article précédent : malgré l’augmentation de la longévité, nous ne vivons pas plus longtemps EN SANTÉ.

Si nous ne changeons pas nos habitudes, nous risquons de passer les dernières années de notre vie affligés par la maladie. Qui veut de cela?

Bouchés ben dur

Le rôle de l’alimentation est déterminant dans la prévention, soutient le Dr Juneau. Il n’est pas seul. Aux États-Unis, le Dr Dean Ornish préconise des méthodes analogues. C’est par celles-ci que l’ancien président Bill Clinton s’est défait des griffes de la maladie cardiaque.

Mais dans un cas extrême comme le sien, certaines mesures plus draconiennes s’imposaient. C’est parfois ce que propose Martin Juneau à des individus dont l’avenir paraît sombre.

«Si j’ai un patient très malade qui se présente, je vais lui conseiller de devenir végétalien», expose-t-il. Ce qui signifie qu’on bannit de son alimentation tous les produits animaliers. Y compris le lait, les œufs, le fromage, le yogourt…

«Des fois, je vois des gens qui s’en vont dans un mur : 68 ans, trois pontages, entièrement bouchés en trois ans… C’est contraignant, ce genre de régime, mais c’est la meilleure chose qu’ils peuvent faire.»

De toute sa carrière, le Dr Juneau ne se souvient pas d’un seul patient ayant adopté cette méthode qui ait souffert de récidive.

Alors, prêts à changer de vie pour en avoir une nouvelle?

 

La semaine prochaine: réformer le système 

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