Le juicing : mythes, vérités et incertitudes

On prête aux jus frais de fruits et de légumes pulvérisés toutes sortes de vertus. Mais qu’en est-il exactement? Sont-ils une source incomparable de nutriments, ou une simple mode aux fondements scientifiques flous? Quelques réponses, et un peu d’incertitudes.

À en croire certains gourous de l’alimentation, les jus de légumes et de fruits posséderaient des pouvoirs extraordinaires.

Détoxifiants, ils libéreraient en doses massives des vitamines, des antioxydants et autres vertueuses particules qui feraient le grand ménage dans notre corps. D’autres avancent que libérer les fruits et les légumes de leur enveloppe solide permettrait une absorption plus efficace des nutriments, et l’ingestion de quantités faramineuses de vitamines qui agiraient comme une sorte de vivifiant élixir santé.

La vérité?

«La seule chose dont on est certains, dit le nutritionniste Bernard Lavallée, c’est qu’il est bon pour la santé de manger beaucoup de fruits et de légumes. Probablement parce qu’ils contiennent des vitamines, des fibres, des minéraux, des antioxydants.»

Pour les bénéfices des jus plus précisément, c’est moins certain. Dans la mesure où ils ne sont pas mauvais, mais ne recèlent peut-être pas toutes les vertus qu’on leur prête.

«Transformés en jus, les fruits et les légumes perdent une partie de leurs nutriments, expose Lavallée. Notamment les fibres, qui sont importantes parce qu’elles ralentissent l’absorption d’autres nutriments, et parce qu’elles sont la source de nourriture préférée des bactéries qui vivent dans notre tube digestif.»

Fruits et légumes : liquides inégaux

S’il est toujours plus bénéfique de consommer les aliments dans leur forme originelle, soit leur «matrice alimentaire», les légumes et les fruits ne sont pas égaux dans la pratique du juicing.

«Dans le cas des légumes, ce n’est pas la fin du monde, parce qu’ils contiennent moins de sucre. Avec les fruits, il ne reste que de l’eau et beaucoup de sucre. C’est beaucoup moins intéressant, voire dommageable, parce que lorsqu’on mange une pomme, par exemple, on croque, on mâche, on digère lentement. Mais en jus, on peut en boire des quantités astronomiques sans ressentir la satiété, et sous cette forme, le sucre entre très rapidement dans le système, ce qui fait monter la glycémie.»

Fumisteries, incertitudes et bonne conscience

La science de l’alimentation est trop jeune pour qu’on en saisisse tous les contours. On sait que manger beaucoup de fruits et de légumes est bon pour la santé, mais c’est aussi parce que ce comportement s’aligne avec d’autres qui témoignent d’une bonne hygiène de vie en général. «Par exemple, ceux qui mangent mieux fument moins», illustre Bernard Lavallée.

Aussi, on ignore encore beaucoup de choses sur les différentes interactions entre les composants des aliments. «En fait, il y a plus de choses qu’on ignore que de choses dont on est certains, soutient l’expert. Mais on sait que manger les fruits et les légumes au complet comprend plusieurs bénéfices, dont la consommation de fibres, qui génère la sensation de satiété et ralentit l’absorption.»

«Un aliment n’est pas que la somme de ses nutriments», ajoute-t-il afin d’illustrer les nombreuses interactions qui en font plus qu’une capsule alimentaire, mais un tout organique au fonctionnement complexe.

Parmi les rares certitudes en alimentation, Bernard Lavallée émet la suivante : les jus qui détoxifient le corps, ça n’existe pas. Comme l’a déjà illustré Le Pharmachien, le corps est assez bien équipé pour éliminer les toxines lui-même.

«Le remède miracle n’existe pas, termine le nutritionniste. Si votre fun c’est de vous faire des jus, ce n’est pas grave. Mais il ne s’agit pas d’un passe-droit pour avoir de mauvaises habitudes le reste de la journée.»

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