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Le mythe des superaliments

Les superaliments existent-ils ou sont-ils une fabrication de l’industrie alimentaire? Pour plusieurs nutritionnistes, poser la question, c’est y répondre.

Les superaliments existent-ils ou sont-ils une fabrication de l’industrie alimentaire? Pour plusieurs nutritionnistes, poser la question, c’est y répondre.

Entrés dans le langage de l’alimentation il y a quelques années, les superaliments essuient le tir de nombreux experts que le terme exaspère.

Il devrait disparaître, clame Bernard Lavallée, nutritionniste. Celui-ci dénonce vivement l’idée même d’un aliment qui serait si exceptionnel qu’il supplante les autres. Principalement parce que n’importe qui peut nommer n’importe quel aliment de la sorte.

«On va appeler superaliments des aliments contenant une quantité particulièrement importante d’un certain nutriment. Par exemple : des vitamines, des antioxydants, explique M. Lavallée. Prenons l’exemple du kale, qui a été très à la mode parce qu’il est riche en plusieurs éléments et minéraux. On va le manger pour les trois ou quatre nutriments qu’il recèle, mais on oublie qu’il possède aussi des centaines, voire des milliers d’autres nutriments, et toutes ces molécules peuvent avoir un impact sur notre santé.»

Le risque est donc qu’on se gave d’un aliment sans le connaître de fond en comble. Car la science de l’alimentation est encore toute jeune. «Il y a d’énormes zones grises, voire d’énormes zones noires, parce qu’on ignore comment les différentes molécules interagissent dans le corps, ajoute Bernard Lavallée. Il y a des molécules qu’on ne connaît pas encore non plus. Donc de dire que n’importe quel aliment, comme le kale, est meilleur parce qu’il est très riche en vitamine C, alors que les aliments contiennent des centaines de molécules différentes, c’est très réducteur. C’est même faux de dire que c’est meilleur pour la santé.»

Pourquoi, alors, le terme revient-il inlassablement?

«C’est du marketing», assène le nutritionniste.

Le vice caché

Parmi les éléments vertueux parfois invoqués afin de défendre l’idée des superaliments, celui du manque de visibilité accordée aux aliments sains peut paraître convaincant. «Les producteurs d’aliments de base, non transformés, n’ont généralement pas de budget alloué pour en faire la promotion. À l’inverse, il y a énormément d’argent consacré à celle des aliments transformés. Alors de réussir à créer un buzz en disant : “Les bleuets, c’est un superaliment, vous devriez tous en acheter”, ça peut sembler positif, c’est vrai.»

Mais Bernard Lavallée réfute l’argument. Pour deux raisons. D’abord parce que l’effet de mode entraîne une modification des méthodes de production d’un aliment, qui versent souvent dans l’industrialisation pour répondre à la demande. Avec un impact nocif sur l’environnement et les gens qui le produisent.

Mais aussi parce que les superaliments deviennent un paravent pour les compagnies, qui peuvent verser dans le health washing, manière de désigner l’utilisation d’une propriété saine d’un ingrédient pour vendre un produit qui ne l’est pas.

«Prenons le bleuet, illustre Bernard Lavallée. Les gens en mangent plein parce que c’est considéré comme un superaliment, alors des compagnies se mettent à faire des biscuits riches en bleuets et indiquent “contient des superaliments” sur l’emballage. Elles veulent profiter d’une aura santé autour de leur produit, et le bleuet est effectivement un très bon aliment quand il est consommé frais. Mais dans des biscuits, il est moins intéressant, parce qu’il vient avec quantité d’autres ingrédients beaucoup moins nutritifs.»

Charlatanisme

À la fin, craint le nutritionniste, bien que ces biscuits soient sans doute meilleurs que d’autres, ils rejoignent surtout une clientèle qui est déjà préoccupée par sa santé mais qui est leurrée par le superaliment vers un produit transformé loin d’être super.

«C’est un concept trop facile à utiliser à mauvais escient par des charlatans et l’industrie. Je n’adhère pas au concept des superaliments, à l’idée qu’un aliment peut nous guérir d’une maladie, simplement parce que ça n’existe pas. Au mieux, ça peut aider à prévenir, mais encore une fois, ce n’est pas un aliment qui prévient la maladie, mais de bonnes habitudes de vie, donc un ensemble de facteurs qui vont au-delà de l’alimentation.»

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca