Le nouveau guide alimentaire et les aînés

L’ancien Guide alimentaire jonglait assez facilement avec les changements des besoins nutritionnels des personnes âgées : on modifiait simplement les portions. D’où la confusion chez plusieurs aînés qui doivent se fier à un document qui en est désormais dénué. Mais pour certains nutritionnistes, il s’agit d’une belle occasion de changer ses habitudes à un âge où c’est absolument nécessaire.

«Quand on vieillit, notre métabolisme de base diminue, débute la nutritionniste Catherine T. Guy. L’énergie nécessaire au fonctionnement de base du corps est donc moins importante. Si, à 60 ans, on continue de manger la même quantité de calories que lorsqu’on avait 30 ou 40 ans, ça se peut qu’on se mette à prendre du poids de manière insidieuse, au fil du temps.»

L’experte en nutrition décrit ainsi l’un des premiers défis liés à l’alimentation et au vieillissement : le risque de ne pas tenir compte des changements métaboliques.

Dans son ancienne version, le Guide alimentaire illustrait la chose clairement, réduisant les portions afin de montrer la voie à suivre. Qu’en est-il à l’ère du nouveau Guide, qui a éliminé le concept des portions?

«Il faut comprendre qu’une des raisons pour lesquelles ça a été retiré du Guide, c’est que c’était compliqué à compter dans une journée, et que finalement les gens ne s’y fiaient pas. Avec le nouveau Guide, on y va en divisant chaque assiette (protéines, légumes, grains) afin que ce soit plus facile à mesurer. En fait, c’est un modèle qu’on utilisait déjà en clinique avec les personnes qui venaient nous consulter. Ça a juste été officialisé.»

Mais ce n’est pas tout.

Selon la nutritionniste, la nouvelle référence en alimentation permet aussi d’effectuer plus facilement les changements nécessaires, pour les personnes âgées qui doivent prendre en compte leurs besoins fluctuants de certains nutriments. C’est aussi l’occasion de revoir ses habitudes et de mettre de côté certains aliments moins nutritifs.

«La viande constitue une très faible proportion des sources de protéines proposées. On indique donc à tout le monde, peu importe l’âge, qu’il faut se tourner vers des sources végétales le plus souvent possible. Mais en même temps, il faut aussi accompagner les gens, parce que si tu as mangé du steak cinq fois par semaine toute ta vie, ça se peut que tu ne saches pas comment cuisiner du tofu pour que ce soit bon. Ça fait partie du défi dans cette question de santé publique.»

Les éléments qualitatifs du nouveau Guide sont cependant une bénédiction. Les grains entiers vont inciter à l’achat de pain brun plutôt que blanc. Les légumes de couleur que l’on suggère en éloigneront quelques-uns des sempiternelles pommes de terre.

En donnant plus de valeur à certaines sources de glucides ou de protéines ou à certains végétaux, on incite les gens à changer toute leur vision de l’alimentation.

Exceptions et suppléments

La professionnelle de l’alimentation émet toutefois quelques bémols par rapport aux recommandations du Guide. «Les personnes âgées ont besoin de consommer une bonne quantité de calcium et de vitamine D. Comme les produits laitiers ne font plus partie du Guide, elles auront peut-être moins tendance à en consommer, alors qu’il s’agit d’une bonne source de ces nutriments.»

À moins, ajoute-t-elle, qu’elles s’assurent de trouver d’autres aliments qui en contiennent autant.

Quant aux suppléments alimentaires, Catherine T. Guy s’en méfie. «Ils peuvent provoquer un faux sentiment de sécurité qui fait croire qu’on peut mal manger et s’en sortir avec les suppléments.» Or, ceux-ci sont des palliatifs. «Et si on en prend, par exemple lorsqu’on atteint 75 ans et que notre appétit décline jusqu’au risque de dénutrition, mieux vaut prendre des produits uniques, donc une seule vitamine à la fois, et non pas des multivitamines, pour éviter les carences d’une chose et les excès d’une autre.»

Quant aux fameuses capsules d’oméga-3 qui étaient jusqu’à récemment recommandées, elles sont très controversées. «Chez certaines personnes, elles aident à réduire le cholestérol total, alors que chez d’autres, c’est l’inverse. Il y a une dimension génétique qui fait qu’elles n’ont pas le même effet chez tout le monde. On suggère plutôt de manger du poisson deux ou trois fois par semaine.»

Comme quoi il n’y a rien comme les vrais aliments.

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