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Le Pharmachien: « Notre santé nous appartient »

Olivier Bernard est pharmacien. Ils est aussi dessinateur et blogueur. Son personnage d’irrévérencieux vulgarisateur se nomme le Pharmachien, beaucoup parce qu’il lui arrive de critiquer notre désinvolture face à notre propre santé, dont il affirme que nous devons la prendre à notre charge avant de se fier au système de santé.

Beaucoup aussi parce qu’il n’est pas tendre avec les charlatans qui proposent à nos maux complexes des solutions trop faciles. Entretien avec un scientifique qui souhaite rendre la science de la santé accessible.

Olivier Bernard est pharmacien. Ils est aussi dessinateur et blogueur. Son personnage d’irrévérencieux vulgarisateur se nomme le Pharmachien, beaucoup parce qu’il lui arrive de critiquer notre désinvolture face à notre propre santé, dont il affirme que nous devons la prendre à notre charge avant de se fier au système de santé.

Beaucoup aussi parce qu’il n’est pas tendre avec les charlatans qui proposent à nos maux complexes des solutions trop faciles. Entretien avec un scientifique qui souhaite rendre la science de la santé accessible.

D’où est venue l’idée pour ton site web ?

« De la volonté d’être plus efficace comme professionnel de la santé. Comme pharmacien, j’explique les choses aux gens, un à la fois. Dans ma famille aussi. Et je me sentais frustré de ne pouvoir rejoindre un auditoire plus vaste. Le site me permet de partager mes connaissances à plus large échelle. »

Trouves-tu que les gens sont ignorants en matière de santé ?

« Au contraire, je suis surpris de la connaissance des gens. Ils en savent énormément, ils lisent beaucoup. Le problème, c’est qu’ils ne font pas la distinction entre le vrai et le faux. Ce n’est pas toujours leur faute, parce qu’il y a énormément d’information disponible, mais que 99% de celle-ci est simplement mauvaise. »

Tu viens de publier un bouquin, qui revient sur l’histoire de la médecine, qui explique le processus de validation des médicaments par les agences de santé et démonte les théories fumeuses de certains charlatans. Pourquoi, justement, crois-tu qu’il y a autant de gens qui sont aussi méfiants de l’industrie de la santé ?

« D’abord parce qu’il existe une méconnaissance des mécanismes de développement des médicaments et que beaucoup de gens ne sont pas familiers avec le système de santé. Ça peut paraître drôle à dire, mais ils ne savent pas toujours ce qu’est un médecin, et à quoi il sert. Est-il sensé trouver tous nos problèmes et faire les choses à notre place ? Mais cette méconnaissance, c’est un peu aussi la faute des professionnels de la santé. On n’a peut-être pas mis assez d’effort pour expliquer ce qu’est notre rôle, on ne transmet pas toujours très bien l’information, et nous paraissons parfois distants, comme si nous n’étions pas touchés par les mêmes problèmes qu’eux. »

Tu insistes beaucoup sur la responsabilisation en santé. Est-ce un des plus importants problèmes du système de santé, à ton avis, que nous prenions trop souvent pour acquis que d’autres vont se charge de notre santé à notre place ?

« Mets-en ! De mon point de vue, c’est un de ses problèmes principaux; je suis prêt à en débattre avec n’importe qui ! Nous croyons trop souvent que nous pouvons avoir accès à des solutions faciles, sans effort, rapidement. C’est peut-être l’effet pervers d’un système gratuit et universel : on a l’impression qu’il y a tout ce monde qui va nous prendre en charge quand ça ne tournera plus rond, que c’est le travail des médecins de s’occuper d’eux et celui des pharmaciens de savoir tout ce qu’ils prennent. Je suis toujours surpris quand les gens ne savent non seulement pas les médicaments qu’ils avalent – ne connaissant que la couleur et la forme des pilules – mais pas non plus à quoi ils servent. »

Tu parles de solutions faciles. C’est un peu aussi l’attrait de ce qu’on appelle les médecines alternatives ?

« Totalement. Je n’appelle même pas ça médecine alternative, parce que ce n’est pas de la médecine. Mais le problème, c’est presque toujours qu’on ne veut pas aller régler les problèmes en amont et qu’on souhaite avoir une solution miracle. Quand un patient m’arrive et me dit : « je suis stressé, je ne dors pas, je travaille trop, peux-tu me donner des vitamines », j’essaie de lui faire comprendre que les vitamines ne régleront pas son problème s’il ne va pas voir ce qui est en cause. De la même manière qu’on veut croire que d’arrêter de boire du lait va avoir raison de nos problèmes de santé. »

Tu es particulièrement virulent envers les anti-vaccins, et tous ceux qui remettent en doute la science de la santé. Comment se fait-il que des gens intelligents refusent de croire aux conclusions de la science, mais soient prêts à croire des pseudo-sciences ?

« Je me suis rendu compte que ce genre de croyance ne vient jamais seule. Elle est fait généralement partie d’un système de croyances où, quand on gratte un peu, on se rend compte qu’ils se sentent les victimes de tout le monde, ils croient à des théories de conspirations, que les pharmaceutiques contrôlent les professionnels de la santé, et donc que nous sommes forcément biaisés. Tu peux arriver avec tous les faits du monde sur les vaccins, ça ne va rien changer. Le lobby anti-vaccins joue beaucoup avec les émotions des gens, en leur disant : « comment vous sentiriez-vous si votre enfant devenait paraplégique après avoir été vacciné ? ». Les faits sont parfois impuissants devant ce mur d’émotions. C’est pour ça que je crois que nous, professionnels de la santé, devons donner l’heure juste, mais en rejoignant les gens en les faisant rire, en les touchant. Parce que c’est comme ça qu’ils vont accepter les faits qu’on veut partager. Et c’est justement ce que je fais sur mon site. »

 

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca