White sugar in a bowls on a wooden table

Le sucre : de l’insouciance à la panique

Pendant des décennies, on nous a rebattu les oreilles avec le gras. Trans, saturé : il était l’ennemi juré. Voici que depuis quelques années, c’est le sucre qui se retrouve dans la ligne de mire. Et comme pour le gras autrefois, on semble en passe de faire l’impasse sur tout un pan de l’alimentation.

Pendant des décennies, on nous a rebattu les oreilles avec le gras. Trans, saturé : il était l’ennemi juré. Voici que depuis quelques années, c’est le sucre qui se retrouve dans la ligne de mire. Et comme pour le gras autrefois, on semble en passe de faire l’impasse sur tout un pan de l’alimentation.

Entre un épisode de Découverte, de Bien dans son assiette et les chroniques sur le sucre qui tapissent l’univers médiatique, il est un peu difficile de ne pas céder à la panique alimentaire.

Le nouvel ennemi juré du poids santé apparaît sur la sellette en même temps qu’on apprend que les fiches nutritionnelles des aliments seront modifiées afin d’indiquer le pourcentage de la consommation quotidienne recommandée de sucre.

Ce qui n’était pas le cas autrefois.

Aussi, les éléments qui sont considérés comme du sucre seront désormais rassemblés sur cette même fiche, afin qu’on puisse les identifier plus clairement.

Cela contribuera surtout à notre capacité de repérer les sucres qui ont été ajoutés aux aliments. Mais pas leur quantité. Car – c’est le principal bémol de ce changement – les chiffres de ladite fiche, eux, ne feront toujours pas la distinction entre les sucres naturellement compris dans un aliment et ceux qui y sont injectés.

On saura donc qu’on a mangé 12 % de notre sucre de la journée, et que l’aliment contient des sucres ajoutés, mais on ignorera la quantité de chacun, même si on pourra en consulter plus facilement la nomenclature. Sachant que le corps ne réagit pas de la même manière au glucose-fructose qu’au sucre naturel d’une orange, voilà qui est un peu ennuyeux.

Conscientisation et psychose

La nutritionniste et docteure en nutrition Karine Gravel craint que dans l’esprit des gens aussi se fassent des amalgames. Et que le traitement sensationnaliste des médias alimente une panique contre-productive. «Là, je vois des gens qui ont peur de manger des fruits parce que ça goûte sucré», illustre-t-elle.

En gros, l’experte convient volontiers qu’on ne peut que se réjouir si le résultat est que les gens mangent moins sucré. «Mais ce sont des messages complexes qui ne sont pas toujours bien compris.» Elle prône donc l’équilibre. Et des changements progressifs dans l’alimentation.

Le verre de jus d’orange du matin? Il ne tuera personne. À moins qu’il ne s’ajoute à une série de mauvaises habitudes.

Retour à la base, encore

Comme pour tout le reste, ce sont les aliments transformés qui se retrouvent au banc des accusés dans le cas du sucre. «Sans parler du sel, ajoute Karine Gravel, dont 77 % de celui qu’on consomme vient lui aussi de ces aliments transformés.» Il faut donc reprendre le bâton du pèlerin et à nouveau répéter que faire soi-même ses repas constitue la pierre d’assise d’une alimentation saine. «Il faut prévoir du temps pour cela à son horaire. Et il faut faire attention aux solutions trop faciles, comme les édulcorants, dont on ne connaît pas encore avec certitude les conséquences sur l’organisme.»

Du sucre, comme de toutes nos habitudes, il faut apprendre à se défaire progressivement. «Puis, en réduisant, il vient un moment où on goûte les choses qu’on mangeait avant en se disant que c’est bien trop sucré.»

«Mais il faut vouloir, et mettre les efforts; ça ne se fait pas tout seul, ces changements d’habitudes. Je dis souvent aux gens que nous, humains, ne sommes pas garantis. Faut prendre soin de la machinerie…» D’autant que le service à la clientèle connaît souvent des ratés.

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca