L’ennemi du diabète

Jason Fung pratique la médecine à Toronto. Depuis quelques années, il s’intéresse à l’alimentation comme moyen de soigner ses patients atteints de maladies jusqu’ici considérées chroniques. Dans son plus récent livre Code diabète, le néphrologue s’en prend à l’inefficacité de l’insuline pour traiter le second type de cette maladie.

Il prône une alimentation extrêmement réduite en sucre pour maigrir et ainsi vaincre cette maladie associée au surpoids. Nous lui avons parlé afin de mieux saisir l’esprit de ce nouvel essai qui ne manquera pas de susciter une certaine controverse : ses suggestions de régimes alimentaires et sa défense du jeûne intermittent comme méthode de perte de poids ne font pas l’unanimité dans la communauté scientifique. Qu’à cela ne tienne, le médecin n’en démord pas : sa technique fonctionne et ses patients qui l’adoptent guérissent.

Docteur Fung, à quel moment avez-vous commencé à considérer que les médicaments que vous donniez à vos patients n’étaient pas idéaux pour soigner le diabète de type 2?

C’était autour de 2008. À ce moment, on venait de publier les résultats d’études très importantes qui démontraient que, si l’insuline qu’on donne aux patients permet de réduire leur taux de glucose dans le sang, elle ne prévient aucune des maladies graves associées au diabète. Les personnes traitées n’étaient donc pas plus en santé; au contraire, elles mouraient plus rapidement encore. Cela confirmait ce que j’avais pu observer auprès de mes patients. Je me suis alors penché sur la perte de poids, et je me suis rendu compte que la maladie reculait en même temps que le chiffre sur le pèse-personne diminuait. Malheureusement, plusieurs médecins choisissent d’ignorer ces données et continuent de faire comme avant.

Est-ce parce que l’insuline est un traitement efficace pour le diabète de type 1 (avec lequel on naît), et on a donc cru qu’elle fonctionnerait avec celui de type 2?

Exactement. Mais depuis, le nombre de personnes souffrant de diabète de type 2 ne cesse d’augmenter. On fait face à une épidémie, et on ne cesse de nous répéter qu’il s’agit d’une maladie chronique. Or, ce que je constate, c’est que mes patients qui perdent beaucoup de poids en sont guéris. Donner de l’insuline réduit le glucose, mais ça fait aussi engraisser. C’est comme donner de l’alcool à un alcoolique. Il cessera de trembler à cause du manque, mais on aggravera sa condition.

Dans votre livre, il est beaucoup question d’alimentation, un sujet que vous abordez aussi dans votre ouvrage précédent, Code obésité. Vous vous y attaquez à l’idée que toutes les calories se valent. C’est une théorie dominante dans l’alimentation; pourquoi?

En fait, la question que je pose est la suivante : est-ce que toutes les calories qu’on ingère font engraisser autant les unes que les autres? La réponse est non. C’est le marketing qui veut nous faire croire que les calories sont toutes égales. Et pourtant, demandez à votre grand-mère si un biscuit et un morceau de viande qui contiennent le même nombre de calories se valent. Elle vous dira que non : preuve que mes idées ne sont pas nouvelles, au contraire, et qu’un savoir séculaire en matière d’alimentation semble avoir été perdu. Sans même comprendre pourquoi, nous savons depuis longtemps que la valeur nutritive des aliments, mais surtout leur composition, change considérablement la manière dont notre corps gère ce dont on le nourrit. C’est le marketing alimentaire qui tente de nous convaincre du contraire.

Vous réprouvez, entre autres, la trop grande consommation de glucides raffinés comme le pain blanc, les pâtes blanches, le riz. Ce sont des éléments que contiennent beaucoup de nos repas classiques, et qu’on trouve plus encore dans la restauration rapide et les aliments transformés. Il faut donc cesser de manger tout cela, selon vous?

Il faut en manger le moins possible, chose certaine. Il faut donc apprendre à cuisiner, à distinguer les bons aliments des moins bons. On doit aussi cesser de tout le temps manger. Il y a de la nourriture partout et dans toutes les situations de nos jours, et rarement de la bonne. Pensez aux viennoiseries qu’on propose presque systématiquement dans les réunions d’affaires, par exemple : elles sont bourrées de gras et de sucre. Commençons par manger mieux, moins, et moins souvent.

Partager: