Ludification et santé

Plusieurs stratagèmes et applications de remise en forme passent par la ludification. Pourquoi donc cette manière de transformer l’expérience de l’utilisateur est-elle si efficace, et pourquoi l’utilise-t-on en santé? Bienvenue à l’ère de la « gamification ».

Nous vivons à une époque de jeu.

Depuis l’enfance, et particulièrement chez le représentants de la génération Y et celles qui suivent, l’apprentissage se fait dans le plaisir, en usant de stratégies qui souvent permettent de mesurer la progression autrement que par des notes et des examens. Comme par la rétribution sous forme de récompenses. Par des félicitations qui prennent l’allure de privilèges (droit de sortie, d’utiliser certaines installations sportives, etc). Et souvent, l’expérience d’apprentissage emprunte à une idée de quête, en vue d’obtenir des points, souvent en équipe.

En les techniques de fidélisation – et d’engagement – de la clientèle n’échappent pas au phénomène. On n’a qu’à penser aux nombreuses cartes de membres permettant d’obtenir des cadeaux si on les présente assez souvent à la caisse des commerces participants.

Et désormais, plusieurs logiciels de remise en forme et de prévention en santé usent de la même méthode, appelée ludification, terme généralement employé pour franciser l’expression « gamification », bien que les puristes diront qu’il existe quelques nuances entre les deux.

Reste que, pour le commun des mortels, « la ludification, c’est d’utiliser des stratégies associées au jeu dans des contextes qui ne sont habituellement pas associés au jeu », résume Maude Bonenfant, professeure au département de communication sociale et publique à l’UQAM, directrice de Homo Ludens, un groupe de recherche sur les pratiques de jeu et de communications dans les espaces numériques.

« Ça peut aller de l’accumulation de points jusqu’à faire un jeu, qui peut être utilisé dans un contexte marketing, par exemple. »

Et pourquoi ça fonctionne? « Parce que c’est un peu devenu une sorte de langage qu’on connait, qui est apprécié, et on s’est habitué à ce genre de propositions. On peut penser à l’application de jogging de Nike pour le téléphone, ou d’autres du genre, où il y a des objectifs, des quêtes, et qui nous permettent d’obtenir des badges, des félicitations : c’est ainsi que sont conçues ces stratégies. En santé, désormais, il y a des applications pour presque tout », expose la post-doctorante en technoculture, arts et jeux.

Qu’il s’agisse de recenser les verres d’eau que vous buvez dans une journée, de faire la comptabilité des calories, le décompte de vos pas (à l’aide d’une montre intelligente), d’analyser votre sommeil ou de proposer des séances d’entraînement de tous types, la plupart des applications en santé recèlent ce petit côté « jeu », permettant d’accéder à des niveaux supérieurs, d’obtenir de nouveaux exercices gratuits au bout d’un certain nombre de répétitions. Et aussi de partager vos résultats avec vos amis par les réseaux sociaux, ce qui fait aussi partie du jeu.

Et comme on joue, souvent, on oublie la discipline, et qu’on trime dur. On se laisse porter par l’idée de la quête, le goût des récompenses. Et c’est ainsi, en rendant l’effort plus ludique, que ces applications s’intègrent dans le quotidien d’une société qui aime jouer.

Versant sombre

Maude Bonenfant tient cependant à spécifier qu’aussi utiles, efficaces et bénéfiques soient certaines de ces applis, tout n’est pas rose dans la ludification.

Parce qu’on n’en mesure pas la qualité, et qu’il se peut que les données ou modes de calcul soient erronés? « Oui, c’est vrai, on ne sait pas lesquelles sont fiables ou pas. Mais aussi, derrière la gratuité, se cache souvent la cueillette de données personnelles par les entreprises qui fabriquent ces applications, explique la prof. Ça peut sembler banal, mais il existe des gens qui revendent ces données, et elles pourraient être partagées, avec des compagnies qui auraient avantage à en savoir plus sur votre santé, par exemple. »

Il semble qu’il existe encore un flou législatif dans l’utilisation de ce flot de « data », ce qui permet aux entreprises d’en disposer facilement. « Ce n’est pas toujours grave, mais il faut au moins le savoir, en être conscient. Or, ce n’est généralement pas le cas », conclut Madame Bonenfant.

 

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