Pretty young brunette suffering from migraine and about to take some medicine to feel better

Migraines : la tortueuse route du traitement

Même si, comme on a pu le voir dans la première partie de cet entretien avec la Dre Élizabeth Leroux, on commence à mieux cerner ce qui se produit lors d’une crise de migraine, les traitements demeurent encore flous.

Même si, comme on a pu le voir dans la première partie de cet entretien avec la Dre Élizabeth Leroux, on commence à mieux cerner ce qui se produit lors d’une crise de migraine, les traitements demeurent encore flous. Essais et erreurs à répétition sont parfois à l’origine d’une importante frustration chez les patients.

Mais la neurologue spécialisée en médecine des céphalées et auteure de La migraine. Au-delà du mal de tête (Éditions Trécarré, 2015) insiste : il ne faut pas baisser les bras, même si la route est parfois longue et ardue.

Dre Leroux, au terme de la première partie de notre entrevue, vous évoquiez un traitement expérimental sur lequel planchent présentement les pharmaceutiques. En quoi consiste-t-il, comment opère-t-il?

Ce sont des anticorps qui empêcheraient la substance inflammatoire de faire effet. C’est un agent biologique, donc, et non pharmacologique. Une nouvelle approche, en ce moment à l’essai. [NDLR : Vous pouvez chercher «CGRP antibodies» pour en savoir plus.]

C’est complexe…

Oui, et c’est beaucoup ce qui rend ça difficile à expliquer au patient, parce qu’il faut avoir une connaissance du fonctionnement du cerveau pour bien saisir comment opèrent les migraines. On ne peut pas dire : c’est cassé, on va mettre un plâtre et ça va se ressouder… Le niveau de complexité fait que même pour des professionnels de la santé, c’est parfois confondant.

Est-ce qu’on sait pourquoi des gens souffrent de migraines et d’autres pas? Est-ce génétique?

C’est sûr qu’il y a un facteur génétique. Mais je ne crois pas qu’on trouve jamais un gène de la migraine, parce que c’est trop fréquent : ce n’est pas une maladie rare avec un gène pur. C’est une maladie très commune pour laquelle on va probablement trouver un paquet de gènes de prédisposition, qui augmentent les chances d’en souffrir. Il y a des familles de migraineux, mais aussi des gens qui sont les seuls à en souffrir au sein d’une même famille.

Comme s’ils héritaient d’une série de gènes qui les prédisposent aux migraines, jusqu’à une sorte de point de rupture…

Oui, et c’est évidemment très frustrant quand on est le seul dans sa famille à souffrir de migraines.

Il est beaucoup question des habitudes de vie dans la prévention des migraines. Comment a-t-on fini par comprendre les liens entre les deux?

Le cerveau baigne dans son environnement. Donc, quand on cherche à trouver ce qui peut provoquer des crises, on va s’intéresser au cycle hormonal, à l’ingestion de certains aliments, à la gestion des émotions et du stress.

Ce sont des facteurs prédominants, mais chaque patient est sensible à des facteurs qui lui sont propres. Certains n’en sont pas conscients, puis on leur en parle, et s’ils s’observent, tiennent un calendrier de leurs crises, et notent que certaines de ces choses peuvent les influencer, alors ça les encourage à modifier leurs habitudes.

Évidemment, les gens qui sont sensibles à la pression atmosphérique n’y peuvent rien, mais on peut toujours essayer de diminuer les facteurs qu’on contrôle. Cela dit, il y a des patients qui ont des modes de vie monastiques et qui ont quand même des crises.

Du côté des traitements, qu’est-ce qui est efficace?

Il y a deux types de traitements : pour les crises et pour la prévention. Et il y a beaucoup de choix, et de formes (comprimés, suppositoires, injections). Il revient donc au médecin de discuter avec le patient pour voir ce qui est la bonne combinaison pour lui. Une fois qu’on a trouvé ce qui convient, si les migraines sont fréquentes, on doit aller en traitement préventif, et là c’est autre chose : on prend un traitement tous les jours pour que le cerveau se calme et cesse de déclencher des crises.

Les patients sont souvent assez déçus quand on leur dit qu’on ne peut pas guérir les migraines et qu’on leur présente un traitement à long terme. Mais jusqu’à maintenant, la seule chose qui peut guérir la migraine, c’est la ménopause, quand les hormones sont en cause. J’ai beaucoup de patientes qui attendent ce moment en se disant : «J’ai hâte d’être libérée.» Mais parfois, ça ne fonctionne pas…

Le problème avec les traitements préventifs – et c’est ce qui décourage les patients : on ne sait pas pourquoi ils fonctionnent. Ce sont des traitements conçus pour autre chose, comme l’hypertension, l’épilepsie, la dépression, et les patients disent : «Je n’ai aucun de ces problèmes, alors pourquoi je prendrais ça?» [NDLR : On a découvert, souvent par hasard, que ces médicaments fonctionnaient pour réduire les migraines chez certains patients, donc les médecins proposent d’en faire l’essai, pour voir.]

On ne sait pas quoi donner à quel patient, qui va bien répondre à quoi, alors il y a beaucoup d’essais et d’erreurs. C’est un long parcours, il n’y a pas de traitement absolu.

Il y a aussi certains traitements qui peuvent paraître farfelus, comme le Botox.

C’est sûr. Les personnes migraineuses chroniques sont à 80 % des femmes. Quand je leur propose du Botox pour se soigner, elles me disent : «D’où ça sort, ça?» Mais c’est là aussi un effet de hasard, parce qu’on a découvert que certaines femmes qui en ont reçu pour des motifs cosmétiques ont noté que leurs migraines s’amélioraient. J’ai des patientes en clinique de Botox chez qui j’avais essayé jusqu’à six ou sept traitements préventifs oraux, et qui passent de 10 à 15 crises par mois à 5 ou 6 après le Botox. Ce bénéfice a été remis en cause par plein de gens, y compris des médecins et des compagnies d’assurance, qui disaient qu’il s’agissait d’un placebo, mais l’effet du Botox a été démontré, il s’observe de manière très nette chez un pourcentage important de patients. Mais comme pour bien d’autres traitements, on ne sait pas exactement pourquoi ça fonctionne…

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca