bigstock--130637753

Moderniser la prévention du suicide

Le Québec ne figure peut-être plus parmi les endroits où l’on se suicide le plus dans le monde, mais reste que chaque jour, trois personnes s’y enlèvent la vie. Trois de trop. Entrevue avec le directeur général de l’Association québécoise de prévention du suicide, qui expose ce qui manque en matière d’actions concertées et comment, chez soi, on peut aider à réduire le nombre de personnes qui commettent l’irréparable.

«Trois personnes par jour, ça fait 1 100 personnes par année qui se suicident», déplore Jérôme Gaudreault, directeur général de l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS).

«Nous ne sommes plus la province canadienne où l’on suicide le plus et nous sommes désormais en milieu de peloton des pays de l’OCDE», poursuit-il, comparant la situation actuelle à celle, catastrophique, de la fin des années 1990, où l’on atteignait le funeste record annuel de 1 620 morts. «Mais les progrès stagnent», soutient M. Gaudreault, qui voudrait revoir le même genre d’effort concerté qu’avait stimulé une situation jugée hors de contrôle il y a 16 ans.

Changement technologique

Heureux du succès de la ligne 1-866-APPELLE, qui permet de joindre des intervenants formés en prévention à toute heure du jour et de la nuit, le président de l’AQPS constate cependant que le lien téléphonique est insuffisant dans une société où tout un pan de la population, particulièrement les plus jeunes, communique sur Internet, par texto et à l’aide d’applications.

«La ligne téléphonique, c’est bon, mais ce n’est plus suffisant. Les gens utilisent Internet pour trouver des façons de s’enlever la vie, mais aussi pour trouver de l’aide. Il faut pouvoir la leur donner là où ils sont, et être capable d’identifier la détresse en ligne», plaide-t-il.

Autre priorité, selon M. Gaudreault : offrir rapidement des consultations en psychothérapie aux gens qui en ont besoin, sans qu’ils doivent payer des frais élevés. «Actuellement, soit ils doivent payer, soit ils doivent avoir une assurance privée, soit ils doivent attendre un an pour voir quelqu’un dans le réseau public», dénonce-t-il.

Le rôle des proches

Outre ce qui est souhaité de la part de l’État, le directeur de l’AQPS rappelle quelques faits importants en matière de prévention, qui font de chacun une ligne de vie pour les personnes en détresse.

«Certains signaux d’alarme sont évidents et d’autres pas chez les personnes qui songent au suicide. Il faut être attentif aux mots, aux comportements et aux émotions.»

 

  • Certains mots sont clairs, d’autres plus nébuleux. Attention aux messages un peu cryptés, qui laissent entendre qu’on n’aura plus à se soucier d’elles, qu’elles vont enfin régler tous leurs problèmes ou autres paroles du même genre.
  • Si une personne active cesse de prendre part à ses activités habituelles, si elle s’isole ou consomme des drogues et de l’alcool de manière abusive, si elle néglige son hygiène : voilà des comportements qui indiquent un problème.
  • Enfin, les émotions sont révélatrices, et pas uniquement la tristesse. Chez les hommes en particulier, la détresse peut se traduire par de l’agressivité, voire de la violence, et des comportements extrêmes.

Finalement, que fait-on si on craint qu’une personne de notre entourage s’enlève la vie? «On lui pose des questions claires, explique Jérôme Gaudreault. On lui parle de ce qu’on a observé comme changements, et on lui dit qu’on s’inquiète en lui demandant si elle veut en parler. Ensuite, on peut franchement lui demander si elle a pensé au suicide. Contrairement à ce qu’on peut croire, ça ne risque pas de la choquer, au contraire. Souvent, ça va ouvrir la porte afin que cette personne puisse se confier.»

Et enfin, souligne-t-il, on ne prend pas sur soi le sort d’une personne suicidaire. On téléphone à la ligne d’aide 1-866-APPELLE. Là, un intervenant posera les questions appropriées afin que la personne en détresse reçoive l’aide dont elle a besoin.

David Desjardins Autres articles

David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca