frontal portrait of young man with fake moustaches

Movember : la santé des hommes

Non plus exclusivement une affaire de moustaches et de prostate, Movember vise à conscientiser les hommes à la prise en charge de leur bien-être général. Mais attention : pour y parvenir, il faut éviter les mots qui risquent d’égratigner l’ego de monsieur.

Les clichés masculins ont la vie dure. Et ils sont parfois si tenaces que les experts en prévention pour la santé doivent faire preuve de créativité afin de toucher leur cible lorsque celle-ci est porteuse d’un chromosome Y.

«Il y a des stéréotypes de virilité chez les hommes qui semblent toujours les rendre réfractaires à l’idée de demander de l’aide», constate Alain Brunet, professeur agrégé au Département de psychiatrie de l’Université McGill et membre du comité consultatif mondial de la Fondation Movember. «C’est le syndrome de Superman, une réaction de petits gars qui voulaient devenir pompiers ou policiers lorsqu’ils seraient grands… Nous, on veut leur expliquer que c’est correct de demander de l’aide», expose ce chercheur en santé mentale.

Vieillir… en santé

L’idée de Movember, désormais, c’est d’inciter les hommes à envisager leur avenir. Et surtout de ne pas handicaper celui-ci en refusant obstinément de se soigner ou de prévenir la maladie. Il s’agit de penser à sa santé comme on pense à sa retraite.

«L’objectif, c’est que les hommes vieillissent en ayant la meilleure qualité de vie possible, résume le chercheur. Ça a commencé en visant le cancer de la prostate et le cancer testiculaire, des causes qui ne sont pas particulièrement glamour, puis en 2013, Movember s’est intéressé à la santé mentale.»

Un domaine qui inquiète, lui aussi. Parce que la santé forme un tout, oui. Mais plus précisément, lorsqu’on s’attarde au taux de suicide, on se rend compte qu’il est deux fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes.

Il s’agit peut-être, là aussi, d’un indice que les hommes sont trop peu enclins à demander de l’aide.

Le langage des hommes

On ne change pas une culture du jour au lendemain, mais il y a urgence. On ne sacrifiera pas une génération d’hommes sous prétexte qu’on ne parvient pas à les toucher avec le message qui fonctionne chez les femmes.

Alors le monde de la santé s’adapte, et parle aux hommes leur langage. «Par exemple, Movember a subventionné un organisme qui vient en aide aux hommes, sur le site duquel on trouvait de l’information, et au bas de la page, il y avait un gros bouton sur lequel était écrit Get Help, relate Alain Brunet. Lorsqu’on a changé cet appel à l’action pour Take Control, le nombre de clics a sensiblement augmenté.»

Le contenu n’avait pas changé. Tout était affaire de vocabulaire. «Quand on dit aux hommes d’agir, de prendre le contrôle, ils embarquent. Et pourtant, ça mène à la même place.»

Cela dit, «les choses s’améliorent, c’est vrai», constate le porte-parole. Les hommes prennent mieux soin de leur santé qu’autrefois. «Mais on voudrait que ça change encore plus», conclut-il. Le mois de novembre est donc l’occasion de faire le point, de sensibiliser. De prendre conscience, aussi, que la culture masculine recèle toujours de bien nocifs fantasmes d’invulnérabilité.

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca