Nutrition: un livre à dévorer

Bernard Lavallée est l’un des plus efficaces vulgarisateurs en alimentation. C’est aussi l’un des plus rabat-joie : il passe son temps à démolir les théories fumeuses de celles et ceux qui cherchent à exploiter notre fascination croissante pour cette science qu’est la nutrition.

Son nouvel ouvrage met d’ailleurs celle-ci de l’avant, afin de mieux outiller le consommateur en proie aux messages contradictoires des médias, du marketing alimentaire et des pseudo-experts – souvent autoproclamés – en matière de nutrition. Navalez pas tout ce quon vous dit est un guide pour mieux comprendre les nombreux concepts et éléments de la nutrition. Cela va des macronutriments au fonctionnement du système digestif, mais touche aussi à la mécanique des études scientifiques, à la mesure de leur validité, et aux dérives de ce qu’on nomme le nutritionnisme.

Sans oublier les charlatans qui cherchent à nous vendre des détox et des superaliments.

«Des fois, quand je fais mon épicerie, je regarde tous les messages, les choix qui s’offrent à moi, et je me trouve chanceux d’avoir un bac en nutrition pour faire le tri. C’est pas normal», observe-t-il.

En marge de la parution de son livre, il a répondu à nos questions.

Bernard, votre livre est avant tout un ouvrage de compréhension, une manière de démêler celles et ceux qui se sentent floués par les informations en alimentation, n’est-ce pas?

Tout à fait. Mon métier, c’est avant tout celui de communicateur. Je suis nutritionniste de formation, mais je passe mon temps à expliquer des concepts nutritionnels dans les médias, à commenter des études. La nutrition est une science, c’est compliqué, et souvent on se perd à force de voir dans chaque étude un résultat intéressant pour nous, comme consommateur, alors qu’en réalité, c’est l’ensemble du portrait qu’il faut regarder. Comme vulgarisateur scientifique, c’est ce que je tente de faire : ramener une sorte de vision globale des choses.

Le problème, au fond, c’est que nous voudrions que la science soit comme la religion, qu’elle ait des réponses claires à toutes nos questions. Or, une découverte amène souvent plus de questions qu’autre chose…

C’est la nature humaine : nous détestons le gris. Nous voulons que les choses soient noires ou blanches. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la nutrition, c’est un facteur parmi d’autres dans notre santé. Nous sommes tous différents, mangeons de différentes manières, vivons dans des environnements différents aussi. Croire qu’il existe un conseil bien précis en alimentation qui s’applique à tout le monde, c’est de la fabulation.

Dans le chapitre sur l’épicerie, vous parlez des fiches nutritionnelles, de leur fiabilité relative (plus ou moins 20 %), et vous rappelez qu’il faut éviter de réduire les aliments à leurs nutriments. En même temps, lire ces fiches, c’est le début d’une prise de conscience de ce qu’on mange, non?

Je suis d’accord. Mais la réalité, c’est que les aliments qui possèdent une fiche nutritionnelle ne devraient même pas être consommés sur une base quotidienne (parce qu’ils sont transformés). Le problème, c’est que ça nous fait croire que, pour être en santé, il suffit de manger les bons nutriments.

Sauf que votre biscuit plein de sucre et de gras n’est pas meilleur pour la santé parce qu’il y a des antioxydants dedans. Quand les gens achètent des aliments, ils ne devraient pas se fier à la fiche. C’est correct de manger un biscuit, on le mange, parce que ça goûte bon et c’est tout.

Ce qu’il faut retenir avant tout, c’est que ce qui est vraiment bon pour la santé n’a pas de fiche nutritionnelle.

Finalement, la seule règle qui s’applique pour tout le monde, selon vous, c’est celle de Michael Pollan : mangez de la vraie nourriture (non transformée par l’industrie alimentaire), pas trop, et en majorité des plantes?

Absolument! La conclusion est vraiment simple. On parle tellement de nutrition, on a l’impression que c’est vraiment complexe. Et c’est vrai que ça l’est. Mais cette science, absolument essentielle d’ailleurs, a permis d’identifier des carences alimentaires, de déterminer comment les vaincre et fait un travail formidable encore aujourd’hui sur bien des aspects.

Au fond, la règle à suivre se résume à quelque chose comme ça, oui : manger des aliments peu transformés, frais, et boire surtout de l’eau. On sait que ça fonctionne, que c’est simple. Si les consommateurs comprenaient ça, leur anxiété serait réduite pas mal.

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