On en a gros sur le coeur

Lorsqu’il a rédigé son éclairant ouvrage Un cœur pour la vie, le cardiologue Martin Juneau avait deux idées en tête. «Je l’écrivais pour le public, et en même temps je voulais que mes collègues puissent s’en servir comme d’un outil d’éducation pour leurs patients», dit-il.

Outre les sujets abordés dans nos articles précédents, son livre comporte un important lot de découvertes et d’études qui mettent de l’avant un principe guidant l’ensemble de la pratique du médecin : prévenir plutôt que guérir.

Nous en rassemblons ici quelques-unes qui vous donneront peut-être envie d’approfondir vos connaissances en consultant Un cœur pour la vie. Mais aussi, sait-on jamais, de revoir vos habitudes afin de prolonger non seulement votre vie, mais aussi sa qualité.

On peut renverser la vapeur

Les affronts que l’on a fait subir à notre corps sont réversibles. C’est du moins ce que laisse entendre l’étude des télomères. Ces capuchons qui recouvrent les extrémités des chromosomes sont des indicateurs de l’état de santé général.

Or, de récentes découvertes montrent que si ces capuchons rétrécissent avec l’âge, et plus rapidement si nous avons de mauvaises habitudes de vie, on peut aussi leur rendre une partie de leur taille en adoptant un quotidien plus sain. «En décodant le génome humain, on pensait qu’on allait pouvoir comprendre comment nos gènes nous déterminent et nous prédisposent à la maladie, explique Martin Juneau. Mais ce dont on s’aperçoit, c’est qu’on peut contourner certaines prédispositions.» Tout ça en mangeant mieux et en faisant de l’exercice. Mais aussi en évitant les autres vecteurs de maladies chroniques.

Le stress nous rend malades

«J’aurais pu en parler plus, j’ai un peu escamoté le sujet dans le livre, mais c’est vrai que le stress est dommageable pour la santé», affirme le cardiologue. Même s’il est moins important que le tabagisme, le stress chronique arrive à égalité avec l’hypertension et l’obésité dans les causes de maladie coronarienne.

Nous vivons dans un monde anxiogène où les problèmes de santé mentale sont largement médicalisés et médicamentés. Le médecin propose à ses patients d’adopter, plutôt, la méditation, dont les effets positifs sur la gestion du stress sont largement documentés. «S’ils n’ont pas le temps, parce qu’ils trouvent que le programme d’activité physique leur prend déjà plusieurs heures, je leur propose de faire les deux en même temps. C’est un bon début et c’est tout à fait faisable», suggère-t-il.

Fuir la pollution

Il est primordial de faire de l’exercice pour se maintenir en santé. Toutefois, la qualité de l’air qu’on respire à l’effort pourrait bien annuler les bénéfices procurés par le sport. Voire rendre l’exercice carrément nocif. «Nous sommes moins affectés que les pays en développement comme la Chine et l’Inde, mais les jours de smog, lorsque les particules fines sont présentes en grande quantité dans l’air, mieux vaut ne pas faire de sport à l’extérieur.»

Comme nous l’apprend son ouvrage, les poumons, à l’effort, captent en plus grande quantité ces fameuses particules. Elles s’immiscent dans le système sanguin et endommagent la paroi interne des artères, qui se dilatent alors moins bien, ce qui nuit au débit sanguin.

Mieux vaut donc consulter les sites (souvent météorologiques) où l’on indique la qualité de l’air avant d’aller marcher, pédaler ou courir.

L’efficacité des statines

Le médecin déplore que certains de ses homologues proposent avec facilité l’usage des statines à leurs patients, négligeant le rôle de l’alimentation et de l’exercice physique.

Ce médicament censé permettre de réduire le cholestérol est efficace, selon le médecin, «mais il n’y a pas que le cholestérol qui compte». Car, comme le démontre bien son ouvrage, la mesure du tour de taille, par exemple, n’est souvent pas prise en compte dans la gestion du risque de maladies cardiaques. Si bien qu’on se concentre sur des valeurs sanguines, et non pas sur l’état général de santé du patient pour prédire ses chances de subir un accident coronarien.

En prévention, donc, à moins de souffrir d’une maladie qui prédispose à l’hypercholestérolémie, la prise de statines est au mieux d’une efficacité relative. Mais au pire, si elle sert à évacuer la dimension des habitudes de vie dans le risque de souffrir d’une maladie cardiaque, sa prescription peut s’avérer contre-productive.

À l’envers d’un univers médical souvent tourné vers les solutions pharmaceutiques, Martin Juneau propose une approche qui a fait ses preuves. Et son livre en consigne une si grande quantité qu’il s’avère l’un des plus importants outils à mettre dans les mains de quiconque s’inquiète de sa santé. Et peut-être aussi dans celles de son médecin.

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