Young African American man holding onto food

Orthorexie : l’obsession de bien manger

Bien manger, c’est préférable. À moins qu’on en fasse une maladie. Dans ce cas, on sombre dans l’orthorexie, un trouble alimentaire qui touche ceux et celles pour qui le souci de la qualité de la nourriture vire à l’obsession.

D’emblée, la nutritionniste et docteure en nutrition Karine Gravel insiste pour dire que la ligne est parfois mince entre une préoccupation pour la qualité de la nourriture et l’orthorexie. «Disons que c’est lorsque ça devient une obsession que c’est problématique», distingue-t-elle.

Et une obsession n’est pas sans conséquence, puisqu’elle peut pousser la personne qui en souffre à modifier ses habitudes jusqu’à altérer sa qualité de vie.

L’obsession de manger sainement

«C’est un trouble relativement nouveau, expose Mme Gravel. Son apparition remonte aux années 1990. Mais comme dans l’anorexie et la boulimie, il y a une notion de contrôle derrière ce problème alimentaire.»

«Vient aussi, avec ce problème, une sorte de mépris pour ceux qui n’éprouvent pas la même obsession, constate-t-elle. On se dit que si tout le monde faisait la même chose, tout le monde irait bien mieux.»

Reste qu’il existe quelques indices pour discerner si oui ou non la frontière entre la saine surveillance alimentaire et la folie de la fiche nutritionnelle a été franchie. Un seul de ceux-ci ne suffit pas à nous classer dans les rangs des orthorexiques, mais plusieurs témoignent d’un réel problème.

Afin de se faire une idée plus précise de la sévérité de notre cas, le test de Bratman constitue un bon point de départ.

Mais quelques indices sont parfois éloquents :

On s’isole

«Souvent, les gens qui souffrent d’orthorexie éviteront de plus en plus les rencontres sociales, parce qu’on y mange souvent et qu’on ne peut pas tout contrôler», illustre la nutritionniste. Ou alors, ces personnes voudront toujours vous inviter chez elles, insistant pour que vous n’apportiez rien. Elles pourront ainsi contrôler tout le menu. Il arrive que des gens rognent sur leur vie sociale pour ne pas avoir à composer avec de la nourriture qu’ils ne peuvent analyser.

On évite le restaurant

«Impossible d’obtenir la liste d’ingrédients et la fiche nutritionnelle dans un restaurant, ce qui complique passablement les choses pour quelqu’un que ça obsède», nous dit Karine Gravel. On ne peut pas savoir la quantité de gras, de sucre non plus. C’est le genre de laisser-aller qui s’accorde bien mal avec les personnalités obsessives.

On y pense trop souvent

«Si on passe plusieurs heures par jour à prévoir ses repas et à penser à la nourriture, c’est signe qu’il y a peut-être un problème.»

Dans le doute, on se prive

Certaines personnes ne peuvent absolument pas s’imaginer consommer un aliment ou un plat dont elles ne peuvent vérifier l’exacte composition. «Alors elles vont préférer se priver, et donc ne pas manger plutôt que de faire une exception.»

On privilégie la teneur des aliments à leur saveur

«L’obsession de manger sainement modifie considérablement notre rapport à la nourriture. Le plaisir et le goût passent loin derrière la qualité nutritionnelle des aliments», expose l’experte.

On élimine soudainement des aliments

Évidemment, cesser de consommer des boissons gazeuses ne pose pas problème. «Mais arrêter de consommer des aliments sains comme du pain ou du lait, du jour au lendemain, et les considérer soudainement comme des poisons toxiques, ça fait partie des indices qui dénotent que la nourriture est devenue un problème.»

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca