Parler de drogues avec les ados

Comme la sexualité, l’intimidation ou la conduite automobile avec les facultés affaiblies, la drogue fait partie des sujets incontournables à aborder avec les adolescents. Mais comment? La Dre Marie-Ève Morin, de la Clinique Caméléon, à Montréal, propose quelques pistes à suivre. Ou à éviter.

Dre Morin, vous êtes médecin de famille qui oeuvrez en dépendance à la Clinique Caméléon. Donc les drogues, les médicaments, l’alcool, c’est votre domaine. Mais souvent, comme parent, on ignore de quelle manière aborder la question de la drogue avec nos enfants, et on préfère ne pas en parler du tout. Est-ce que le silence, c’est la pire attitude à adopter dans les circonstances?

« C’est un peu comme la vie sexuelle : on ne peut pas faire semblant que ça n’existe pas. La première chose à faire pour l’alcool, les médicaments et les drogues, c’est de leur demander ce qu’ils savent. Je donne beaucoup de conférences, et je vous assurer que, parmi toutes les clientèles auxquelles je m’adresse, ce sont les élèves du secondaire qui en connaissent le plus sur le sujet. Pas mal plus que leurs professeurs. Donc on commence en leur posant des questions, sur ce qu’ils voient à l’école, ce qu’ils savent des effets des différentes drogues. C’est une bonne manière d’aborder le sujet. »

Est-ce qu’on doit parler des drogues comme étant toutes sur le même pied d’égalité, ou faire des distinctions? Peut-on toutes les mettre dans le même panier?

« Non, certainement pas. Le cannabis, sans en banaliser l’usage, ça n’a pas du tout le même impact sur la santé que les opioïdes ou les speeds. Pas que le cannabis soit sans danger, mais il faut se renseigner, comme parent, pour mieux comprendre les effets de chaque drogue, et la dépendance qu’elles provoquent. »

« Et surtout, on ne doit pas prendre les adolescents pour des enfants. Ce sont des mini-adultes. Plus téméraires, plus curieux, cependant. Ils sont très intéressants et il faut écouter ce qu’ils ont à nous dire. »

Qu’est-ce que vous ne feriez pas pour aborder la question des drogues?

« Je déconseille de fumer un joint avec son ado. Je sais que beaucoup de parents font ça pour se rapprocher et établir le dialogue. Mais ça banalise l’usage des drogues, ce qui n’est pas une bonne chose. Il y a moyen de développer de la complicité autrement. »

 « Autre chose : rangez vos médicaments à potentiel d’abus. Les jeunes savent souvent très bien ce dont il s’agit, et plusieurs consomment des médicaments qui viennent directement de la pharmacie familiale. »

 Avec le fentanyl qui envahit le marché des drogues récréatives, c’est un sujet qu’il faut sans doute aborder aussi. Parce qu’on ne sait jamais ce qui se trouve dans les drogues synthétiques, n’est-ce pas?

« C’est LA question la plus importante. Consommer des speeds, de l’ecstasy, de la kétamine, c’est jouer à la roulette russe, parce qu’il est impossible de savoir ce qu’ils contiennent. Prenez l’ecstasy. Normalement, c’est censé être du MDMA qu’on y retrouve. Ce n’est pas inoffensif, mais ça de provoque pas de dépendance ni de psychose. Or, dans une étude faite en 2009, 80% des drogues vendues comme de l’ecstasy ne contenaient pas déjà plus du tout de MDMA! Ces drogues-là, ce qu’il faut comprendre, c’est que ce n’est pas certifié par Santé Canada, les gens ne savent pas ce qu’ils prennent. »

Si nos enfants nous demandent si on a déjà pris de la drogue, et que c’est le cas, devrait-on leur dire la vérité?

« Oui, je serais honnête. Et j’en profiterais pour leur indiquer que vous n’en prenez plus, preuve que ce n’est pas un mode de vie souhaitable. Les adolescents sentent tout, ils devinent les choses et sont extrêmement intelligents. Comme je le disais, souvent, ils en savent plus que leurs parents. Mais il existe quand même de la désinformation, donc il faut discuter avec eux. »

Avec la légalisation de la marijuana qui approchent, le sujet va devoir être abordé sans détour, comme on le fait avec l’alcool. Mais si la plupart des parents ont déjà bu, ils n’ont pas tous fumé un joint. Peuvent-ils en parler efficacement quand même?

« Bien sûr! Ce n’est pas parce qu’on n’a jamais pris une drogue qu’on ne peut pas en parler. De la même manière qu’on n’a pas à avoir conduit en état d’ébriété pour aborder la question. Il faut se renseigner pour savoir de quoi on parle, c’est tout. »

La Dre Marie-Eve Morin est médecin de famille et œuvre en dépendance à la Clinique Caméléon à Montréal.

Vous pouvez l’entendre en entrevue ici à propos des dangers de consommer des drogues synthétiques, à l’émission Medium Large.

Ici, à l’émission la Route des 20, elle explique les mécanismes de la dépendance au fentanyl.

Partager: