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Perturbateurs endocriniens et principe de précaution

Début décembre, un groupe de scientifiques s’est levé pour dénoncer la mollesse des politiques du Parlement européen devant les grandes entreprises en matière de perturbateurs endocriniens. Selon cette centaine d’autorités en santé et en environnement, Bruxelles laisserait l’industrie lui dicter sa conduite. Mais pourquoi devrait-on craindre ces substances, et où se cachent-elles?

Ils dérèglent l’équilibre hormonal, jusqu’à provoquer certains cancers, et ils sont presque partout, invisibles, indétectables à l’œil nu. Ils ont parfois pris, dans l’actualité, des noms que l’on reconnaît. Comme le BPA des bouteilles de plastique. Ou, il y a beaucoup plus longtemps, le DDT.

«Le DDT est un peu la mère des perturbateurs endocriniens», explique Élyse Caron-Beaudoin. La candidate au doctorat au Département de toxicologie environnementale et pharmacochimie de l’INRS-Institut Armand-Frappier concentre ses recherches sur les mécanismes des perturbateurs endocriniens, tels les pesticides et les contaminants issus d’activités industrielles. Lors de sa maîtrise en biologie, elle a également étudié les sources et les voies d’exposition des retardateurs de flammes dans les régions urbaines et agricoles. Ses domaines d’expertise incluent la toxicologie environnementale, la toxicologie et l’écologie. Élyse est également cochercheuse à l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal, où elle fait partie d’une équipe évaluant l’exposition à des contaminants issus de l’exploitation du gaz naturel dans le nord-est de la Colombie-Britannique.

«On s’était rendu compte, à l’époque, que le DDT féminisait les oiseaux, soit que l’embryon, d’abord mâle, devenait femelle. Il diminuait aussi l’épaisseur de la coquille des œufs, ce qui les rendait moins résistants et augmentait la mortalité des oisillons. Il interférait aussi avec le comportement reproducteur des oiseaux, donc il y avait moins d’accouplements et la population d’aigles à tête blanche, notamment, diminuait.»

Le DDT sera finalement banni.

Aujourd’hui, les perturbateurs se retrouvent dans la pollution atmosphérique, l’eau, des textiles, des plastiques, la nourriture. Et les scientifiques accumulent les preuves qu’il s’agit d’une menace à la santé publique.

Foutre le bordel dans les hormones

Pour bien comprendre les effets des perturbateurs endocriniens sur l’organisme, explique la chercheuse, il faut d’abord saisir le rôle qu’y jouent les hormones. Et celui-ci est central, parce que ce sont elles qui régissent nos humeurs, la maturation sexuelle et les caractères sexuels, de même que le sommeil, la croissance, etc.

Produites par le système endocrinien, elles ont une fonction de communication. C’est-à-dire qu’elles envoient des messages à l’organisme. Lorsque ce dernier reçoit une stimulation erronée, tout le système est chamboulé. Et les hormones, dont les molécules sont sécrétées à très faibles doses, sont soudainement produites de manière dérégulée.

«On associe les perturbateurs endocriniens à plusieurs cancers hormono-dépendants et à plusieurs maladies liées aux hormones.» Ils affectent, entre autres, la thyroïde, le sein, la prostate.

Le principe de précaution

«On se rend bien compte, désormais, que plusieurs maladies ont une cause environnementale, explique Élyse Caron-Beaudoin. Donc, que ce n’est pas nécessairement génétique.»

Mais attention, précise-t-elle : cela ne veut pas dire que l’environnement est la première cause du cancer. «C’est un des facteurs de risque, et il faut s’y pencher. Ça vient principalement de l’industrialisation. Mais ce n’est pas parce que tu manges bio que tu n’auras pas le cancer.»

L’ennui, c’est que les perturbateurs sont partout. Et qu’ils s’accumulent. Ils nous arrivent par l’eau, la nourriture, la fumée dans l’air, les déchets industriels, le ruissellement, les retardateurs de flammes dont on enduit les vêtements, les pesticides, les émissions des voitures, la combustion, les plastiques. «Il s’agit d’une multitude d’attaques chimiques, illustre la chercheuse. Et c’est leur addition qui a un effet global sur la santé.»

À l’instar des scientifiques qui se sont indignés de la mollesse de l’Union européenne en la matière, elle préconise le principe de précaution tout en pourfendant les discours malhonnêtes. «Encore une fois, ne pas manger bio n’est pas en lien direct avec le cancer. La vérité, par contre, c’est qu’on ne sait pas encore exactement ce que provoque l’exposition chronique à de faibles doses de perturbateurs. Simplement parce que c’est très difficile à étudier.»

Dans le doute, donc, mieux vaut éviter le plus possible les comportements à risque. Et imposer aux entreprises l’utilisation très restreinte de perturbateurs endocriniens. Pour limiter le risque. Par précaution, faute de certitudes.

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca