Petit guide d’autocompassion pour débutants

Nous avons précédemment vu que l’anxiété de performance affecte les jeunes et les adultes. Et que la compassion pour soi (ou autocompassion) est une solution afin d’éviter de sombrer dans les pensées négatives.

Mais pour celles et ceux qui carburent à l’autocritique, cette méthode peut avoir l’air d’une manière d’exiger moins, d’abaisser le niveau des attentes. L’idée de s’accorder le droit de ne pas exceller en toutes circonstances, pour certain(e)s, constitue une véritable hérésie, le symptôme d’un intolérable laxisme qui ne peut mener qu’à la médiocrité.

«Ce qu’on constate pourtant, oppose le psychologue Frédérick Dionne, c’est que l’anxiété de performance a des effets pervers, comme la procrastination. Parce que, par peur d’échouer, on va remettre les choses à faire à plus tard. Alors que si on fait preuve de compassion envers soi-même, on n’aura pas peur d’affronter les tâches.»

S’il admet que les pensées d’exigence envers soi peuvent constituer une source de motivation, le psychologue croit cependant qu’elles peuvent engendrer un discours intérieur négatif qui, lui, mène à la détresse psychologique.

La compassion pour soi n’est pas de la complaisance

«L’idée de la compassion pour soi, ce n’est pas de se prendre en pitié, non plus. Ce n’est pas une méthode égoïste; au contraire, elle nous met en relation avec le monde.»

C’est accepter qu’on peut se tromper, comme tout le monde, et reformuler cet échec pour l’accepter, vivre avec, puis passer à autre chose. «Se donner le droit à l’erreur, ce n’est pas se condamner à l’échec», relativise M. Dionne.

L’autocompassion pour débutants

Nous sommes parfois notre propre tourmenteur, et ce, sans même nous en apercevoir. Les discours négatifs peuvent coloniser nos pensées, et nous ronger.

La première étape si on se sent mal, affligé, déprimé, c’est sans doute de prendre le temps de s’arrêter et de s’observer penser. «Il faut essayer de se voir aller, de s’entendre se parler», explique Frédérick Dionne.

Seconde étape : se connecter aux autres, au monde, et donc admettre sa faillibilité comme humain. D’autres commettent des erreurs comme les nôtres, nous ne sommes pas seuls à souffrir, etc.

Enfin, il faut s’efforcer d’être plus chaleureux avec soi-même. «Ce n’est pas toujours évident, au début, concède le psy, mais il s’agit de changer la manière dont on s’adresse à soi-même en étant plus sympathique.»

Il faut s’imaginer comme son propre coach, illustre M. Dionne. Il y a des bons et des mauvais entraîneurs. Il faut essayer de faire partie des bons, de ceux qui ont un discours positif et offrent des critiques constructives, et non pas destructives.

«Dans la même situation, comment parlerais-tu à un ami, à un enfant? Et pourquoi tu ne fais pas preuve de la même gentillesse pour toi-même?» demande souvent le psychologue à ses patients.

Parlant d’enfants, comme parents, nous avons aussi la responsabilité de surveiller notre discours. Si on passe son temps à se traiter de «pas bon», on risque que nos enfants adoptent eux aussi ce comportement. De même, la pression de réussir qu’on leur impose est en partie responsable de l’anxiété de performance qui les accable. Faudrait y voir.

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