Phobie sociale : l’enfer, c’est les autres

La phobie sociale se développe souvent pendant l’enfance, presque toujours avant l’âge adulte. La rentrée scolaire est l’occasion de détecter ce genre de trouble anxieux qui peut dégénérer s’il est pris à la légère.

Il y a la timidité. Et il y a la peur maladive des sorties en public. Si la première peut être plus ou moins facilement vaincue, à force d’encouragements, la seconde, elle, paralyse.

«Ça peut apparaître aussi jeune qu’à 3 ou 4 ans, expose la psychologue Meagan Daley. Mais la phobie sociale apparaît plus fréquemment chez des enfants qui, autour de 12 ou 13 ans, deviennent très anxieux s’ils doivent parler en public, rencontrer de nouvelles personnes, aller devant la classe. Ça peut aussi comprendre le fait de manger en public ou d’aller dans des salles de bain communes. Toutes les situations qui comportent un risque d’être jugé par les autres et embarrassé deviennent extrêmement problématiques.»

Le besoin d’être compris

L’ennui, comme pour les phobies en général, c’est que celle-ci n’a pas prise dans le réel. Et la plupart du temps, les enfants en sont parfaitement conscients, souligne la psychologue. «Ils savent que leur peur n’est pas rationnelle, mais ils n’y peuvent rien.»

Ce qui peut être perçu comme un caprice, donc, ne l’est pas nécessairement. «C’est vrai que les enfants peuvent chercher à nous manipuler, mais les vrais troubles anxieux se manifestent de manière claire.»

Maux de tête, de ventre, nausées, souffle court et implorations détaillant l’ensemble des possibilités d’avoir l’air stupide devant les autres sont d’importants indices à ne pas négliger. Et surtout, à ne pas confondre avec un petit blocage qui nécessite le métaphorique coup de pied au derrière.

«En fait, les enfants ont plutôt besoin d’empathie, qu’on cherche à les comprendre même si on n’a jamais fait l’expérience de ce genre de trouble. Ils savent que leur réaction est exagérée, mais leur paralysie est authentique, et ils ont besoin qu’on les soutienne. Sinon, ils se sentent encore plus inadéquats, et ça amplifie leur insécurité.»

Ça se soigne

Si elle n’est pas traitée, la phobie sociale peut dégénérer, mener à l’isolement, puis à la dépression, à l’abus de substances. Il faut donc, en plus d’écouter, chercher des moyens de venir à bout de ces peurs qui pourrissent le quotidien des enfants.

Heureusement, plusieurs avenues s’offrent aux personnes qui souffrent de ce problème, affirme la psychologue. «Il y a le traitement médicamenteux, mais c’est un dernier recours, dit-elle. On préconise plutôt des thérapies, des interventions où on aide l’enfant à développer ses habiletés sociales, à se sentir plus confiant.»

Par exemple, en hiérarchisant les peurs et en les affrontant, en allant de la plus bénigne à la pire. «Et chaque fois, on le félicite abondamment!»

Puis on travaille aussi de plus en plus dans la pleine conscience, c’est-à-dire en insistant sur le moment présent, et non sur l’éventail de possibilités avec lesquelles jongle l’imagination. «Souvent, on insiste en disant que ce ne sont que des pensées, et que les pensées ne devraient pas avoir plus de force que le réel.»

Et à force d’y travailler, ce réel qui n’est pas si menaçant, au fond, finit par prendre le dessus sur la peur.

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