Prévention du suicide: 3 mythes

« Le suicide est une arme de destruction massive, c’est pas vrai que ça règle les problèmes », clame Daniel Beaulieu, qui donne dans l’intervention et la prévention depuis désormais 20 ans.

Plus tôt cette semaine, dans le cadre de la Semaine de prévention du suicide, il exposait comment l’attention des proches peut s’avérer salutaire en matière de suicide, et comment, parfois, d’intervenir à la place d’une personne en détresse peut déclencher une réaction en chaîne vers la prise en charge de problèmes de santé mentale.

Ici, il déconstruit trois mythes à propos des personnes suicidaires. Des affirmations que ceux qui en souffrent ou leurs proches prennent parfois pour argent comptant. À tort.

Fausse affirmation 1: « Je suis un fardeau pour les autres, ils vont être mieux sans moi »

« C’est pas toi qui est un fardeau, dit Beaulieu, ce sont tes problèmes qui sont lourds à porter. C’est vrai que ce que tu vis est dur, mais tu n’es pas seulement ça, tu n’es pas que tes problèmes, et le décès par suicide, c’est bien pire encore à porter pour ceux qui sont autour. La dépression, avec de l’aide, tu peux en sortir, tu peux devenir un modèle de résolution de problème. Le fardeau de porter le suicide d’un proche est bien plus destructeur. »

Fausse affirmation 2 « Je le connais, il le fera pas, il fera pas ça à ses enfants. »

« Attention, prévient Daniel Beaulieu, l’ambivalence, c’est deux discours en soi : c’est l’instinct de vie et la force d’être à bout, fatigué, donc le goût d’en finir par la mort. L’ambivalence se manifeste jusqu’au bout, elle change, ça bouge. On peut mobiliser la partie vie, mais l’autre partie existe quand même. Il y a une fluctuation régulière, permanente, de petits éléments peuvent faire la différence, d’un bord ou l’autre. Donc c’est important de montrer ce qui va bien, mais la partie positive n’est pas tout, et ça peut basculer de l’autre bord facilement. C’est pour ça qu’il faut consulter. On ne prend pas ça à la légère même si ça semble improbable : cette personne a quand même besoin d’aide. ».

Fausse affirmation 3 « Il en parle donc il ne le fera pas »

« C’est totalement faux. Oui, il y en a qui le font sans rien dire, mais d’autres en parlent et se suicident quand même. L’ambivalence existe encore en eux. C’est un signe d’ouverture, mais pas un signe de résolution. Ça va un peu mieux, il ou elle parle? C’est bien, ça veut dire que le contact avec la partie « vie » est encore bon. Mais ça ne veut pas dire de s’en tenir à ça. Au contraire, c’est le moment d’en profiter pour aller au fond des choses, et capitaliser sur ce moment de contrôle de ses sentiments. Ça va permettre de faire en sorte de stabiliser, consolider cette partie positive en soi. »

Pour des questions et des gens auxquels parler, il y a toujours les centres de prévention du suicide.

 

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