Prévention du suicide: le rôle des proches

Du 1er au 7 février 2015, c’est la 25e semaine de prévention du suicide, qui s’accompagne d’une troublante statistique : tous les jours, trois personnes s’enlèvent la vie. Un drame épouvantable, mais trop commun. Un rappel qu’avant qu’il ne soit trop tard, tendre la main à une personne en détresse peut faire la différence.

Depuis 20 ans, Daniel Beaulieu œuvre dans le milieu de la prévention du suicide. Éducateur spécialisé de formation, il est formateur accrédité, en plus d’œuvrer au sein de CHOC, un service communautaire qui existe depuis 30 ans, et qui vient en aide aux hommes avec des problèmes de violence ou de pensées suicidaires.

Il croit que les proches ont souvent plus d’influence qu’ils le croient quand des gens vivent des situations de crise. Surtout quand ceux-ci prétendent le contraire.

« C’est le propre d’une personne en détresse de ne pas demander de l’aide. C’est pour cela que, parfois, ça peut être une très bonne idée de le faire à leur place, propose-t-il. Il est possible que l’on vous réponde, dans certains centres d’aide, que la personne doit faire les démarches elle-même, mais insistez si cela se produit. Nous, ça arrive souvent qu’on contacte des gens en leur disant : ta sœur nous a appelé, il paraît que ça va pas fort. Et cette même personne qui ne voulait pas d’aide s’ouvre quand même. »

Avec les hommes, on croit qu’ils pourraient refuser ce genre d’aide, ayant l’impression qu’on leur a forcé la main, mais une étude a démontré le contraire. Ainsi, sur 20 hommes auxquels on avait conseillé d’appelé pour demander de l’aide, 15 l’ont fait. 13 ont entamé une démarche, et parmi eux, 8 avaient des idées suicidaires mais n’en avaient encore parlé à personne.

« La proactivité –en tant que proche- fait partie des bonnes pratiques », soutient Daniel Beaulieu, qui ajoute qu’on peut insister auprès de la personne qui semble en détresse, lui disant qu’un coup de téléphone ne l’engage à rien.

Rompre avec les fausses certitudes

L’empathie, montrer qu’on tient à quelqu’un, c’est déjà un début. « Ça vient briser ce qu’on appelle la triade cognitive de Beck, et qui représente les trois pôles de pensée de la personne suicidaire : « je n’en vaut pas la peine ; ça ne changera jamais ; les autres ne peuvent rien faire ». »

Le suicide vient avec ces trois fausses certitudes. Or, de montrer qu’on s’inquiète, c’est aussi dire : tu en vaut la peine. Et c’est essayer de faire quelque chose.

Et si la personne ne veut rien entendre, l’intervenant répète : appelez, vous. Demandez de l’aide à sa place. « J’ai fait des relances auprès d’hommes dont leurs proches m’avaient dit qu’ils ne voulaient rien savoir, mais une fois au bout du fil, ils acceptent de parler. Ensuite, on parle de manières de reprendre un peu de contrôle sur sa vie. »

« Il y a des gars qui viennent me voir et me disent : je viens pour que ma sœur me laisse tranquille. Ben tant mieux, c’est déjà une bonne motivation. Il faut la prendre où elle se trouve, et ne pas arrêter d’insister après un « non » », conclut M. Beaulieu.

Pour de l’aide, de l’information, on peut contacter les centres de prévention du suicide.

 

À lire : 3 mythes sur le suicide

 

Partager: