Réformer le cœur du système

Le cœur. Moteur de la vie. Puisqu’il fonctionne par automatisme, nous oublions à quel point ce muscle qui pompe le sang dans notre corps est important, précieux, mais aussi fragile. Nous proposons ici une série basée sur un entretien de fond avec le cardiologue Martin Juneau, qui a fait de la prévention son cheval de bataille.

 Cette semaine : la prévention dans les politiques de santé.

 

Plus le temps passe, et plus deux facteurs majeurs se dessinent dans la prévention des maladies cardiaques.

D’un côté, les vertus de l’activité physique sont aussi indéniables qu’innombrables. Bénéfique à tous points de vue, la mise en mouvement du corps comme faisant partie d’habitudes quotidiennes continue de générer l’intérêt des chercheurs qui lui trouvent des bienfaits autant pour le bon fonctionnement du cœur que pour celui de l’appareil digestif, et même du cerveau. Par exemple, les résultats de plus en plus d’études convergent pour confirmer que plusieurs maladies dégénératives peuvent être ralenties par l’activité physique.

Pourtant, notre jeunesse n’a jamais été en aussi piètre forme. Un rapport alarmant, publié récemment dans La Presse, faisait état d’un recul majeur dans la capacité aérobique des adolescents, en même temps que pointe à l’horizon une pandémie d’obésité, et qu’on prévoit que cette même génération sera la première de l’histoire à vivre moins vieille que la précédente.

Les gouvernements mettent donc en œuvre une poignée de programmes idoines.

Mais l’autre pôle de la bonne santé générale est nettement plus négligé par nos pouvoirs, déplore le cardiologue Martin Juneau.

Le cœur du problème

«Au début de ma carrière, on ne voyait pas d’obésité chez les enfants, raconte l’expert en prévention des maladies du cœur. C’était impensable quand j’ai suivi mon cours, et maintenant c’est courant. On voit des jeunes de 18 ou 20 ans qui souffrent de diabète de type 2; avant, ce genre de problème ne se présentait qu’au début de la cinquantaine.»

«Devenir diabétique à 50 ans, cela signifie qu’on devient cardiaque à 60 ans. Imaginez si on l’est à 18», laisse gravement tomber le médecin.

Martin Juneau applaudit devant les efforts des autorités pour encourager l’activité sportive, mais il déplore que si peu soit fait à propos de l’alimentation, au cœur de ce problème de surpoids.

«C’est facile d’être pour l’exercice, dit-il, on n’affronte aucun lobby, et personne n’est contre la vertu. Mais l’activité physique ne permet pas de maigrir, et ça, l’industrie alimentaire ne veut pas que ça se sache.»

Dénonçant les expressions du genre balanced lifestyle dont se sont emparés les géants de la malbouffe, le médecin appelle à un changement au cœur même du système de subvention et de taxation de la nourriture afin d’encourager efficacement la modification des habitudes alimentaires tout en rendant les fruits et les légumes plus facilement accessibles – et donc moins onéreux –, par exemple.

«C’est vrai que c’est plus compliqué avec la nourriture, mais si on regarde où vont les subventions agricoles – c’est-à-dire principalement à la production de bœuf, de porc, donc à l’élevage –, on s’aperçoit que le domaine maraîcher reçoit peu. Imaginez si on accordait des tarifs d’électricité encore plus avantageux afin d’encourager efficacement une industrie maraîchère en serre, et qu’on diminuait ainsi le prix des aliments sains» propose-t-il.

Changer la politique

En gros, selon le Dr Juneau, pour améliorer la santé générale et décharger le réseau public d’un fardeau de plus en plus difficile à gérer, il faut que les politiciens parlent d’une seule et même voix.

«Ça prend de tout, dit-il. Des incitatifs fiscaux, de l’argent en prévention, une structure de taxation de la malbouffe pour que l’argent soit réinvesti en prévention et pour donner des fruits et des légumes dans les écoles de quartiers défavorisés… Des sociétés le font déjà. Il faut structurer la société pour que ce soit facile et moins coûteux de bien manger, alors qu’en ce moment, c’est le contraire.»

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