Revue 2016 : la santé et la controverse

Seconde partie de notre revue de l’année en santé. Parce que le sujet nous passionne, et que c’est toujours un bon plan de ne pas laisser l’actualité nous filer entre les doigts. Cette semaine, on traite des grandes controverses de 2016.

Le cannabis du «Docteur Guéritout»

Profitant d’un flou dans la loi sur l’utilisation et la vente du cannabis à des fins thérapeutiques, un premier dispensaire a ouvert ses portes en juin dans le quartier Saint-Sauveur à Québec.

Ce qu’il fallait pour obtenir sa dose? Un billet du médecin. Pour n’importe quelle maladie ou presque. Bienvenue chez le Docteur Guéritout.

Les propriétaires du dispensaire arguaient qu’une décision de la Cour suprême, précisant qu’un patient peut choisir le traitement qu’il désire, peu importe sa maladie, lui permettait de transformer une ordonnance pour à peu près n’importe quoi en ordonnance pour de la marijuana.

En plus de la police et du procureur qui trépignaient, plusieurs experts en santé mentale ont souligné que fumer du pot lorsqu’on souffre de dépression, d’anxiété ou d’autre maladie mentale sensible à l’absorption d’un psychotrope dépresseur, ce n’est pas exactement la chose idéale à faire pour guérir.

En août, une perquisition de la police de Québec a mis fin aux activités de la boutique Weeds.

Les fabricants de l’EpiPen sous la loupe

Après le scandale de Martin Shkreli, dont la compagnie avait acquis le brevet pour la fabrication d’un médicament destiné aux porteurs du VIH avant d’en faire grimper le prix de 5 000 % (vous avez bien lu), c’était au tour des fabricants de l’EpiPen de subir le tir groupé de l’opinion publique et des politiciens américains.

En 10 ans, le prix du paquet de deux «stylos» d’auto-injection EpiPen, des instruments de survie pour plusieurs personnes souffrant d’allergies, a bondi. Il est passé de 100 $ US à 600 $ US.

Au Canada, où l’objet qui peut sauver des vies en cas de choc anaphylactique se détaille 120 $ l’unité (pour une seule injection cette fois) environ, c’est la compagnie Pfizer qui s’occupe de la distribution. Elle assure que les prix ne connaîtront pas les mêmes fluctuations ici.

Le scandale de l’EpiPen aux États-Unis illustre cependant la difficulté de l’industrie à faire approuver des médicaments génériques, à assurer qu’ils sont aussi fiables (au Canada, un concurrent de l’EpiPen a été retiré du marché après que de sérieux doutes furent émis quant à la fiabilité des doses du médicament dans les seringues), ainsi que la capacité des compagnies pharmaceutiques à faire exploser le coût de médicaments pourtant vitaux sans être inquiétées par les autorités de la santé.

Josée Blanchette et la chimiothérapie

Cela faisait deux ans que la chroniqueuse du Devoir Josée Blanchette avait signé une affolante charge contre la chimiothérapie dans l’auguste quotidien. Elle y relatait sa propre expérience avec un traitement qui, disait-elle, menaçait de la tuer.

Automne 2016, elle publie Je ne sais pas pondre l’œuf, mais je sais quand il est pourri, une enquête extrêmement critique sur les liens qui unissent les oncologues et les pharmaceutiques.

La suite prend la forme d’un débat public, à la télé chez Guy A. Lepage, dans les pages des journaux où les médecins répondent, et auxquels on répond à nouveau.

Au final, malheureusement, le public restera sur sa faim, beaucoup en raison des positions un peu trop fortement campées par les opposants. Car s’il est vrai que la chimiothérapie est une forme de combat du feu par le feu qui peut ravager le corps, on ne peut pas non plus prétendre vaincre le cancer à coups de jus verts et de grandes cuillerées de curcuma. Du moins, pas d’un point de vue scientifique.

Une science qui n’est pas synonyme de copinage avec le Big Pharma. Mais plutôt d’une méthode qui nécessite une preuve qui sera plus qu’anecdotique avant qu’on se prononce sur un traitement pour une maladie mortelle.

Donc, en gros : est-ce qu’on peut prévenir le cancer avec des smoothies, des épices, du thé vert? Peut-être. Le guérir ? Rien n’est moins sûr. Mais la vérité, c’est qu’on ne le sait pas encore.

Ou, comme l’écrivait la journaliste scientifique Valérie Borde : oui, notre système de santé est encore trop centré sur les médicaments. Oui, le cancer est une saloperie. Mais ce n’est pas une raison pour dire des bêtises.

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