La santé des étudiants 3 – le déclin de la condition physique

La condition physique des jeunes va en déclinant depuis 30 ans. Et malgré toutes les campagnes de sensibilisation, il semble que les choses ne s’améliorent pas. Selon le chercheur Jean-Pierre Després, une vaste enquête scientifique s’impose afin d’avoir l’heure juste et de déterminer les meilleures solutions.

En mars 2017, La Presse publiait les résultats d’une étude menée auprès de 5000 élèves du primaire et du secondaire, de 2010 à 2015. Les chercheurs ont constaté un net recul de la capacité cardiorespiratoire des adolescents, le pire étant chez ceux de 17 ans. À l’âge où ils s’apprêtent à entreprendre, pour plusieurs, des études supérieures.

Le chercheur qui a récolté les données, Mario Leone, disait alors à La Presse : «On s’en va vers une catastrophe.»

Clivage social

Le chercheur Jean-Pierre Després s’intéresse à la condition physique depuis longtemps déjà. Il constate lui aussi un net recul de la capacité cardiopulmonaire des jeunes, mais déplore surtout que le gouvernement ne détienne toujours pas de données précises en la matière afin de pouvoir mieux saisir l’ampleur du phénomène, et d’agir efficacement.

Pourtant, lui fait-on remarquer, on n’a jamais autant parlé de condition physique ni autant mis l’accent sur l’importance de bouger.

«Ce qu’on voit surtout en ce moment, dit-il, c’est un clivage de plus en plus important entre les classes sociales, où les mieux nanties font du sport et s’alimentent mieux, tandis que les moins riches consomment plus de malbouffe et bougent moins.»

Mais encore ici, les données dont il dispose sont incomplètes et nécessitent une plus grande recherche.

«Il ne faut pas se fier aux sondages, affirme-t-il. Quand on leur demande s’ils sont actifs, environ 50 % des gens disent oui. Mais quand on les suit à l’aide d’outils électroniques, on se rend compte que ce chiffre est plutôt de 10 %!»

Pas faits pour être sédentaires

«J’ai des enfants, je vois bien le pouvoir d’attraction des tablettes, téléphones et jeux électroniques. On peut bien dire qu’il y avait la télé avant, c’est vrai, mais les sources de divertissement passif sont plus nombreuses que jamais», constate-t-il.

«L’accès à ces objets devrait être contrôlé chez les plus jeunes. On devrait aussi réduire la consommation de boissons sucrées», ajoute-t-il.

Et évidemment, on devrait bouger plus. Simplement parce que nous ne sommes pas conçus pour le traitement que nous faisons subir à nos corps.

«Comme espèce, nous avons été conçus pour nous déplacer nous-mêmes, pour marcher jusqu’à 15 km par jour. Ce n’est pas nécessaire d’en faire autant, mais on ne peut pas manger n’importe quoi et être sédentaire sans que notre corps n’en subisse les effets.»

Avant, dit-il, on ne voyait que des personnes dans la soixantaine avec un diabète de type 2, lié au surpoids. Il est tristement commun, désormais, de croiser des adolescents qui en souffrent.

D’où le recul de l’espérance de vie moyenne de la nouvelle génération.

Des pistes pour renverser la vapeur?

«Je n’ai pas la prétention d’avoir des solutions, mais je fais de la science, et je crois qu’avant d’implanter des programmes mur à mur, on devrait essayer plusieurs petits projets, voir lesquels fonctionnent le mieux, et ensuite les appliquer à plus grande échelle.»

Selon lui, toutefois, il ne faut pas parler de santé, d’obésité ou de maladie aux jeunes, qui seraient plus ou moins imperméables à ces discours alarmistes. D’autant, comme nous le lui rappelons, qu’à 15, 18 ou 21 ans, on se sent encore invincible.

«L’idée, ce n’est pas non plus de dire aux jeunes qu’ils doivent s’entraîner et manger comme des athlètes. Il faut au contraire donner des exemples d’activités qui se font dans le plaisir», signale le chercheur.

Il est indispensable de développer leur boîte à outils. Leur apprendre à se faire à manger, à lire les étiquettes, à les comprendre. Il faut qu’ils saisissent comment fonctionne le corps humain, plaide-t-il. Et puis on peut titiller leur fibre environnementale : les déplacements actifs et la consommation de nourriture plus «santé» sont généralement considérés comme plus sains pour la planète, un discours qui plaît à la jeune génération.

Envie de bouger?

Les cégeps et les universités offrent tous des activités et l’accès à des salles de sport à des prix souvent dérisoires pour les étudiants

C’est le cas au PEPS de l’Université Laval, où l’on peut accéder gratuitement à plusieurs services, dont la piscine, la piste de course, la location de terrains, et vous inscrire à des cours en obtenant un rabais de 50 %.

À Montréal, le CEPSUM offre aussi plusieurs tarifs très avantageux et l’accès gratuit à la plupart des plateaux sportifs.

À l’UQAM, 150 activités n’attendent que les étudiants à peu de frais, et une toute nouvelle salle d’entraînement vient d’être inaugurée.

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