La santé des étudiants (4) – Les mutations sexuelles

Dernier volet de notre série sur la santé des étudiants : que se passe-t-il dans l’intimité des jeunes adultes? Rêvent-ils eux aussi d’être en couple? Ont-ils une sexualité débridée? Quelle incidence la pornographie, Internet, les téléphones portables ont-ils sur leurs contacts amoureux? Les réponses sont parfois surprenantes.

En 2016, une enquête sur la fréquence des rapports sexuels chez les milléniaux concluait que les individus nés dans les années 1990 constituent la génération ayant le moins de relations sexuelles depuis les années 1920.

D’autres sondages du genre démontrent que, peu importe l’âge, on assiste à un déclin du nombre de relations chez les Occidentaux. Raisons invoquées : le manque de temps, le stress, le célibat de plus en plus fréquent.

Malgré les applications comme Tinder et la facilité d’entrer en contact sur les réseaux sociaux, les étudiants auraient moins de rencontres qui débouchent sur une relation sexuelle que n’en avaient leurs aînés au même âge. Et la pornographie, dont on craignait qu’elle façonne une génération d’obsédés, pourrait bien contribuer à cette étonnante statistique.

«La masturbation, avec le concours de la pornographie, c’est quelque chose de rapide, d’instantané, donc d’assez caractéristique de la société dans laquelle on vit, constate la sexologue Geneviève Marier. Le problème avec la pornographie, c’est qu’elle nous rend aussi moins habiles au moment d’aborder un ou une éventuel(le) partenaire, et d’avoir des rapports avec cette personne.»

Le célibat souhaité

La professionnelle de la santé sexuelle constate que si la majorité des jeunes gens cherchent toujours à être en couple, un nombre croissant préfère le célibat.

Ce courant est évidemment responsable de la baisse de fréquence moyenne des rapports sexuels, et témoigne d’un grand désir de liberté, selon la sexologue. «Beaucoup de ces personnes ont des partenaires plus ou moins réguliers, et ont une vie sexuelle qui leur convient parfaitement», dit-elle.

N’empêche, plusieurs jeunes de cette génération déplorent eux-mêmes leur incapacité à vivre en couple, la moindre routine étant à proscrire à une époque de consommation rapide et de recherche constante de nouveauté.

Communication, consentement et ITSS

«Dans les couples, je constate une très bonne ouverture et du respect, se réjouit Mme Marier. Il y a plus d’échanges qu’avant. On a plus tendance à dire de quoi on a envie ou pas.»

Et le travail effectué afin de faire mieux comprendre les règles du consentement porte aussi ses fruits.

Mais tout n’est pas parfait. Les agressions sexuelles sur les campus comptent encore parmi les problèmes importants signalés dans les rapports. De même que la hausse des ITSS chez une population que l’on a regardée grandir sans lui procurer de cours d’éducation sexuelle, la laissant devant l’inconnu, parfois. «Plusieurs jeunes pensent encore que s’ils n’ont pas de symptômes, c’est qu’ils ne sont pas porteurs de la maladie», souligne la sexologue, rappelant que la chlamydia et la gonorrhée, en raison de leur impact à long terme (comme la possibilité d’infertilité), sont des maladies à déclaration obligatoire.

Il est encore difficile de faire un portrait juste de la sexualité de cette génération. Comme pour d’autres aspects de la santé, les données fiables sont rares. Et les préjugés abondent. On constate toutefois que l’omniprésence des réseaux sociaux, des caméras, la nécessité de se mettre en scène et de devoir vivre sous les regards de tous, constamment ou presque, ont une incidence importante sur la manière dont les étudiants conçoivent leurs rapports, soient-ils amoureux, sexuels ou amicaux.

Chaque geste est raconté, partagé, et l’espace de l’intimité recule. Sans tout expliquer, cet état des lieux relationnel n’est sans doute pas étranger à la baisse des rapports sexuels des jeunes et à leur refus croissant de demeurer en couple.

Partager: