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Santé des étudiants – Solitudes en réseau

Comment vont les jeunes?

C’est la question que pose cette série sur la santé des étudiants. Car si certains aspects de la vie étudiante demeurent les mêmes au fil du temps, chaque époque soumet les nouvelles cohortes à des défis inédits.

Nos articles tenteront de faire une sorte d’état des lieux. Cette semaine : l’ultramoderne solitude à l’ère de l’hyperconnectivité.

Le téléphone portable et les plateformes sociales nous mettent en réseau. L’informatique permet de travailler en groupe sans sortir de chez soi. Mais le tissu social universitaire se délite et les jeunes se sentent plus seuls qu’avant. Que se passe-t-il?

Dans un article-fleuve du magazine américain The Atlantic, Jean M. Twenge demande : est-ce que le téléphone intelligent a détruit une génération? Le titre de l’article, écrit par la professeure de psychologie de l’Université de San Diego, peut paraître alarmiste.

L’auteure s’emploie cependant à s’extraire de l’anecdote par laquelle elle amorce son billet pour faire se côtoyer des statistiques dont elle admet qu’il ne s’agit pas d’études cliniques, mais qui devraient nous alarmer, justement.

Résumé en gros : plus les jeunes passent de temps sur leur téléphone, plus ils sont malheureux. Et leur usage de ces appareils ressemble de plus en plus à une grave dépendance.

Solitude sur le campus

«Les étudiants sont plus branchés, plus connectés, mais effectivement plus seuls qu’avant», abonde Véronique Mimeault.

La psychologue clinicienne reçoit des dizaines d’étudiants qui ont gratuitement accès à ses services à l’Université Laval. Elle constate que, s’ils sont plus enclins à consulter des professionnels pour leurs problèmes psychologiques, le campus n’est plus tout à fait le milieu social qu’il était.

«Ce n’est plus rare qu’on ne connaisse pas les gens dans ses cours… Et on fait des travaux de groupe sur Skype, ce qui est bien pratique, mais ça crée aussi une forme d’isolement», explique-t-elle.

La pression, le travail et la consommation

La psychologue note que, parmi les enjeux propres à la présente génération d’étudiants, il existe une énorme pression de réussite. Une survalorisation des études supérieures, qui amène plusieurs étudiants sur les bancs des universités, alors qu’ils seraient sans doute plus heureux dans un cours de métier. Mais ce qu’elle remarque surtout, c’est l’esprit de compétition qui les anime.

Un état qui résulterait, en partie, de programmes toujours plus exigeants au primaire et au secondaire.

«Et puis les jeunes sont très portés sur la consommation, ajoute-t-elle. Pour maintenir le train de vie qui leur convient, ils travaillent donc beaucoup. Ce n’est plus rare qu’un étudiant travaille 25 heures par semaine. Ce que ça fait, c’est que le temps qu’ils avaient, avant, pour trouver de l’équilibre entre leurs études et leur vie sociale a été remplacé en bonne partie par le temps de travail.»

Stress, épuisement, humeur dépressive comptent parmi les principaux motifs de consultation des étudiants dans le bureau de Mme Mimeault. «Ils souffrent aussi beaucoup plus qu’avant de la procrastination, parce que les sources de divertissement se multiplient, et ils doivent répondre à la demande scolaire à la dernière minute, ce qui provoque du stress», explique-t-elle.

La présence à soi-même

Dans l’abîme des réseaux sociaux, les jeunes adultes contemplent la vie filtrée de leurs amis. Ils connaissent tous les détails des fêtes auxquelles on ne les a pas invités. Ce qui, comme le souligne Jean M. Twenge, accentue leur sentiment d’exclusion.

Mais selon Véronique Mimeault, l’un des principaux enjeux des réseaux sociaux, c’est qu’ils privent la jeunesse – comme ses aïeux, d’ailleurs – d’un temps précieux dans la solitude, ce qu’elle décrit comme une présence à soi-même. «Au lieu de prendre un trajet d’autobus pour réfléchir, on le passe penché sur son écran, toujours branché sur l’extérieur de soi. Alors on n’a pas le temps de réfléchir, de gérer nos sentiments, de vivre les moments de tristesse, par exemple, et de se poser des questions sur notre vie.»

Et comme, constate-t-elle encore, résulte de cette culture numérique une obsession de l’instantanéité, on débarque chez le psy en quête de solutions rapides. «Même là, il faudrait performer», conclut-elle.

La semaine prochaine : les ressources d’aide psychologique et l’arrivée de nouvelles populations sur les bancs d’école.

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À venir : les nouvelles populations des études supérieures et les moyens de tendre la main aux étudiants en difficulté.

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David Desjardins
Contributeur fréquent à L'Actualité, à Vélo Mag et à Entrée Principale à Radio-Canada, David Desjardins est le rédacteur en chef de NotreSanté.ca