Sauver SABSA 

La clinique sans médecin SABSA de la basse-ville de Québec est menacée de fermeture, faute de financement. La mobilisation de nombreux acteurs du milieu de la santé, de la politique et du privé pourra-t-elle la sauver?

Acronyme de «services à bas seuil d’accessibilité», SABSA propose aux citoyens des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur un accueil incomparable dans le milieu de la santé. Cette clinique sans médecin, menée par des bénévoles et une infirmière praticienne, vient en aide aux malades de milieux défavorisés qui peuvent même s’y présenter sans carte d’assurance maladie.

«Le projet de coopérative a commencé lorsque les membres fondateurs se sont réunis, à la fin de 2011, parce qu’ils voulaient proposer des services aux personnes atteintes d’hépatite C dans le secteur; ils souhaitaient leur donner accès au traitement, car c’est une infection qui touche particulièrement les personnes plus vulnérables. Ils avaient été témoins des lacunes dans les milieux institutionnels et voulaient mettre quelque chose en place rapidement», nous expliquait la coordonnatrice de SABSA, Emmanuelle Lapointe, dans un article publié ici en octobre 2015.

Financé par la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), le projet est cependant menacé de fermeture. Le modèle, qui sort du cadre des groupes de médecine familiale (GMF) et des CLSC, ne plaît pas au ministre de la Santé, qui ne souhaite donc pas encourager l’anticonformisme de la coopérative.

La FIQ n’étant pas en mesure de renouveler son financement, SABSA devra fermer ses portes le 1er mai si rien n’est fait.

L’appui des médecins

Bien qu’elle se soit publiquement opposée à la création de cliniques sans médecin, la Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ) s’est portée à la défense de SABSA après avoir pris connaissance des soins qui y sont prodigués, mais surtout de la clientèle qui y est desservie, et qui demande une attention particulière qu’un médecin de famille ne peut offrir.

Les patients qui se présentent à la clinique de SABSA sont en marge. Ils ne fréquentent ni les CLSC ni les GMF. Ils sont 1500 qui se retrouveront orphelins en cas de fermeture. Des gens parmi les plus vulnérables, mais aussi des patients éventuellement très coûteux pour le système de santé s’ils ne sont pas pris en charge plus tôt. C’est là l’un des principaux bénéfices d’une telle clinique, qui répond à des besoins criants dans un secteur grandement défavorisé.

Cris du cœur et campagne de financement

Avec les interventions de Louis Godin, président de la FMOQ, et maintenant de la présidente de la FIQ, Régine Laurent, SABSA bénéficie d’appuis de taille. Mais il faudra plus, puisque le ministre de la Santé persiste et signe : il ne créera pas de réseau parallèle en finançant la clinique dont la FIQ ne peut plus assurer la survie après trois ans de soutien.

Une collecte de fonds privés s’organise pour sauver cet ovni du monde de la santé. Une campagne de sociofinancement devrait être lancée sous peu, mettant à profit La Ruche, afin d’amasser 250 000 $.

Comme nous l’écrivions ici il y a quelques mois, la clinique SABSA parvient à soigner 95 % de ses patients sans l’intervention d’un médecin.

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